Écologie économique La protection de l’environnement paie

Thomas Vellacott, chef du WWF, ose le grand écart entre l’environ­nement et l’argent – et nous incite à faire de même.

par Edith Arnold 08 janv. 2018

Thomas Vellacott, chef du WWF. Photo: Raffinerie

Thomas Vellacott, devrions-nous nous divertir davantage?

Absolument!

Dans un parc, entre amis...

...ou dans le jardin. On peut y faire nombre de découvertes. Sur notre étang, à Zurich Altstetten, trois espèces de libellules et une sittelle nous ont rendu visite. Il ne faut pas nécessairement voyager jusqu’au parc du Serengeti pour découvrir la diversité et la beauté de la nature.

Et que pouvons-nous faire pour protéger la nature?

Il existe des mesures très efficaces.

Par exemple?

L’habitat: puis-je réduire ma consommation d’énergie? Les transports: quel est mon mode de locomotion? Qu’en est-il du vélo? Combien de fois est-ce que je prends l’avion? L’alimentation: inutile de devenir d’emblée végétarien. Mais pourrais-je manger moins de viande? Investissements: comment mes fonds sont-ils placés, y compris dans le domaine de la prévoyance? Financent-ils des centrales au charbon ou des énergies renouvelables? La politique: est-ce que ma voix va à ceux qui s’engagent pour la nature? Et j’admire beaucoup les personnes qui s’engagent dans leur quartier.

Façon coopératives modernes?

Il peut s’agir d’associations de voisinage, de regroupements spontanés ou de coopératives. Chez nous, le «sharing», soit le partage, est en train de s’établir: nous n’avons pas tous besoin d’une tondeuse, d’un bateau pneumatique ou d’un moulin à céréales. Il y a des choses que l’on souhaite utiliser sans posséder.

Même les groupes comme Audi incitent au partage.

En Suisse, il existe de bonnes offres de partage (Mobility, Sharoo ou Catch a Car). Si la voiture était un symbole de statut, des jeunes gens préfèrent s’en passer aujourd’hui.

On renonce aux possessions, mais on s’envole de par le monde.

L’empreinte écologique de l’aviation est un problème majeur. Souhaitons-nous subventionner l’augmentation croissante des émissions de CO2 de l’aviation par des allègements fiscaux? On peut se demander si voler nous rend réellement plus heureux.

Plus les aéroports sont encombrés, moins les vols sont attrayants.

La pesée entre bénéfice environnemental et divertissement personnel est récurrente. Bien des choses représentent pourtant un gain à la fois pour l’environnement et pour nous-mêmes. À l’image des voyages d’affaires. Prendre l’avion pour Londres afin d’assister à une simple réunion? Les vidéoconférences me paraissent bien plus efficaces et confortables.

Quelles notes attribuez-vous à UBS en termes d’écologie?

Nous avons publié un classement des banques de détail suisses sous l’angle du développement durable. En règle générale, le comportement d’UBS est positif, citons la direction d’entreprise et les opérations de crédit. Pour les investissements, la banque devrait tenir compte des critères durables plus fréquemment.

Où en est la Suisse en termes de technologies vertes?

Il y a eu des phases pionnières: passage du charbon à l’électricité dans le secteur ferroviaire ou lors du développement des cellules solaires dans les années 1970 et 1980. Dans les années 1990, les prestataires financiers suisses étaient les leaders mondiaux dans les placements durables. Depuis, les innovations écologiques atteignent généralement leur maturité commerciale ailleurs. En 2017, l’esprit pionnier nous ferait du bien.

Une note positive?

Je constate un changement en direction du développement durable, en termes de profondeur et de rapidité. Jamais auparavant une partie aussi vaste de la population ne s’est engagée en faveur de la planète. Je suis convaincu que la protection de l’environnement paiera pour chacun de nous.

Manager de la nature

Thomas Vellacott (46 ans) est directeur général suisse de l’organisation environnementale World Wide Fund for Nature (WWF) et dirige 200 collaborateurs depuis Zurich. Pour la bonne cause, il s’associe aussi avec des multinationales. Contrairement à d’autres militants écologiques, Thomas Vellacott n’a pas occupé de centrales dans sa jeunesse. Il a notamment étudié les langue et civilisation arabes, a fait de la prospection clients pour une banque et a travaillé dans la forge à carrières de McKinsey.