Zurich, 30 janvier 2020 – «Cette année encore, Donald Trump assombrit l'économie suisse», déclare Alessandro Bee, économiste chez UBS. L'accord partiel signé récemment suite à la guerre commerciale sino-américaine rassure les investisseurs, mais il faudra attendre le second semestre pour que l'économie mondiale, et donc les exportateurs helvétiques, puissent reprendre leur souffle.

En effet, au premier semestre, il faut d'abord que l'économie mondiale endigue les dommages collatéraux provoqués par l'escalade du conflit commercial de 2019. Selon UBS, la croissance du PIB ne sera que de 1,1% pour l'économie suisse. Comme ce taux est inférieur au potentiel de croissance, il contient également l'inflation (estimation pour 2020 selon UBS: 0,5%).

Comme en 2019, les banques centrales sont de nouveau prêtes cette année à venir au secours de la croissance économique si celle-ci se trouvait en difficulté. En cas de récession économique aux Etats-Unis, la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait abaisser jusqu'à trois fois ses taux directeurs. Si la Banque centrale européenne (BCE) réduit ses taux d'intérêt en mars en réaction à la politique monétaire de la Fed, elle mettrait ainsi directement la pression sur la Banque nationale suisse (BNS) pour en faire de même. «La BCE attendra en tout cas jusqu’à avril avant de modifier éventuellement ses taux. Ce faisant, la pression sur la BNS serait moins forte, ce qui lui éviterait de diminuer ses taux», indique Alessandro Bee. Grâce à la détermination de la BNS à intervenir en cas de franc fort, les économistes d'UBS tablent sur un taux de change EUR/CHF de 1,10 sur douze mois.

La redistribution non prévue par le système est préoccupante

Outre les risques à court terme, d'autres incertitudes assombrissent aussi les perspectives économiques. «Les incertitudes liées au système de prévoyance suisse pèsent à long terme sur l'économie du pays», explique Jackie Bauer, économiste et experte en prévoyance chez UBS. Dans le 2e pilier, l'ampleur de la redistribution non prévue par le système des actifs vers les retraités est particulièrement inquiétante. Le taux de conversion minimum trop élevé entraîne actuellement une redistribution de presque 7 milliards de francs par an des actifs vers les retraités. Si on ne l'empêche pas, le niveau de vie des futures générations baissera.

Ces dernières années, beaucoup de caisses de pension ont accompli leurs devoirs. En procédant à des changements tournés vers l'avenir, tels que l'augmentation des cotisations et l'application de taux de conversion justes, la plupart des caisses de prévoyance professionnelle, qui assurent plus que le minimum obligatoire, ont réussi à poser des bases financières solides. Leurs réformes ont également été payantes pour les employeurs qui y sont affiliés. En effet, une solution de prévoyance professionnelle durable est un critère important pour offrir un lieu de travail attractif dans un marché de l'emploi concurrentiel. Le guide de la prévoyance professionnelle d'UBS aide les entreprises à trouver la meilleure solution de prévoyance dans le 2e pilier en fonction de leur situation individuelle.

Fin 2019, le Conseil fédéral a mis en consultation sa proposition de réforme des prestations d'assurance obligatoires du 2e pilier. «Il faut saluer l'abaissement immédiat du taux de conversion minimum de 6,8 à 6,0%, même si, dans le contexte actuel, le taux plus équitable se situerait plutôt entre 4 et 5%», explique Jackie Bauer. Il convient également de reconnaître l'amélioration de l'assurance des personnes percevant des bas salaires grâce à la réduction de la déduction de coordination.

Les nouveaux retraités en profitent au détriment des jeunes

Pourtant, la proposition mise en consultation n'atteint pas le principal objectif: celui d'endiguer la redistribution des jeunes vers les personnes âgées. Cela est dû aux versements compensatoires pour une durée indéterminée à tous les futurs retraités, financés par les cotisations sociales des actifs, comme le réclame le projet. Si la redistribution actuelle profite surtout aux personnes obligatoirement assurées, elle profiterait désormais aussi aux nouveaux retraités assurés dans le régime surobligatoire qui jouissent d'une bonne situation financière. Le cercle des bénéficiaires de la redistribution serait alors élargi au détriment des jeunes, au lieu d'être réduit.

La proposition émanant de l'«Alliance pour un compromis raisonnable» se rapprocherait nettement plus de l'objectif de limiter la redistribution au minimum politiquement nécessaire. Cette Alliance rejoint le Conseil fédéral sur de nombreux principes fondamentaux. Toutefois, une compensation suffisante ne sera obtenue qu'en réduisant fortement la redistribution car seuls les nouveaux rentiers effectivement concernés par la réduction du taux de conversion minimum devraient bénéficier des mesures compensatoires.

Prévisions UBS pour l'économie suisse

* année 2018 (en mrd de CHF aux prix courants corrigés des variations saisonnières) ** sans or non monétaire et objets de valeur ***en moyenne annuelle P: Prévisions UBS

 

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Alessandro Bee
Economiste,
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