Macro quarterly
Obligations : retour à la normale
Analyses des dynamiques de marché et des thématiques d’investissement au T4
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Macro quarterly
Analyses des dynamiques de marché et des thématiques d’investissement au T4

L’essentiel
L’une des expressions les plus courantes sur les marchés ces trois dernières années est « higher for longer » (« plus élevés pour plus longtemps »), une affirmation qui laisse entendre que les rendements obligataires se situent à des niveaux exceptionnellement élevés. Nous pensons que cette formule passe à côté d’un point bien plus important. La véritable anomalie a été la dizaine d’années qui a suivi la crise financière mondiale de 2008 (GFC). Au cours de cette période, l’atonie de la croissance, le désendettement du secteur privé, l’assouplissement quantitatif, les taux d’intérêt nuls et la faiblesse persistante de l’inflation ont fait tomber les taux directeurs et les rendements obligataires à des niveaux exceptionnellement bas. Aujourd’hui, les rendements paraissent inhabituels, car les investisseurs prennent pour référence un point de départ qui était déjà anormal.
La même remarque pourrait s’appliquer à plusieurs autres relations que les investisseurs ont fini par considérer comme normales. L’inflation s’est révélée plus persistante, la corrélation entre les actions et les obligations est devenue plus positive et l’économie est restée résiliente malgré des coûts d’emprunt que de nombreux investisseurs jugeaient prohibitifs. Alors que la période qui a suivi la crise financière mondiale était définie par une croissance atone, une tendance au désendettement et une désinflation persistante, l’environnement actuel est caractérisé par une croissance nominale plus solide, des bilans plus sains et une demande d’investissement plus forte. Cela explique en partie pourquoi les rendements sont revenus à des niveaux qui correspondent davantage à leurs moyennes historiques. C’est ce processus plus large de normalisation qui différencie l’environnement actuel de la période post-GFC et qui, à certains égards, le rapproche des cycles économiques précédents.
La solidité de la croissance nominale est le facteur clé
La hausse des rendements obligataires n’a pas été l’évolution macroéconomique la plus marquante cette année. Il s’agirait plutôt de la résilience de la croissance.
Lorsque le conflit avec l’Iran a éclaté, de nombreux investisseurs ont redouté qu’un choc pétrolier ne fasse grimper l’inflation tout en freinant la croissance. L’inflation s’est effectivement envolée. En revanche, le ralentissement de la croissance n’a pas été aussi prononcé que prévu.
Au contraire, l’activité économique s’est même renforcée. La consommation a été solide, les dépenses consacrées à l’IA ont explosé, l’activité manufacturière s’est améliorée et les attentes de résultats ont progressé. La Réserve fédérale (Fed) d’Atlanta anticipe actuellement la croissance du PIB au troisième trimestre à 5 %. Vue sous cet angle, la hausse simultanée des marchés actions et des marchés obligataires est bien moins surprenante. Elle est le fruit d’une économie dont la croissance continue de dépasser les attentes, parallèlement à une inflation supérieure à son objectif. En résumé, de nombreux investisseurs prédisaient une situation de stagflation. À la place, nous avons eu de la reflation.


La résilience de la croissance tient essentiellement aux conditions financières exceptionnellement favorables dont bénéficiaient les ménages et les entreprises au début de cette période. Dans le sillage de la crise financière mondiale, l’environnement a été caractérisé par des taux d’intérêt exceptionnellement bas et le secteur privé a entrepris un long processus de désendettement. Les ménages ont assaini leurs bilans, les entreprises ont réduit leur endettement et la croissance du crédit est restée modérée. Ce processus, bien qu’il ait bridé la croissance pendant la majeure partie des années 2010, a également permis au secteur privé de faire preuve d’une résilience hors du commun au moment d’aborder la décennie actuelle.
Cette résilience explique en partie pourquoi les marchés ont systématiquement sous-estimé la croissance. L’économie a absorbé un cycle de resserrement d’une sévérité inédite depuis plusieurs décennies. Elle a traversé sans fléchir les chocs énergétiques liés à la guerre entre la Russie et l’Ukraine et au conflit avec l’Iran. Elle a résisté à la hausse des droits de douane et à la multiplication des restrictions commerciales. Chaque fois, les attentes d’un repli durable des dépenses se sont révélées trop pessimistes. Les consommateurs ont continué de dépenser, les entreprises ont poursuivi leurs investissements, et, de manière générale, le ralentissement de la croissance a été moins marqué que prévu. La solidité des bilans du secteur privé est l’une des principales raisons de cette résilience.

Pas seulement une question budgétaire
Les préoccupations budgétaires ont fréquemment été évoqués pour expliquer la hausse des rendements obligataires cette année. Pourtant, en supposant que ce soit le cas, on comprend mal pourquoi les rendements ont autant progressé dans la plupart des marchés développés, et dans de nombreux cas, davantage qu’aux États-Unis.
Dans ce contexte, les investisseurs obligataires ne se contentent pas seulement de revoir leurs trajectoires budgétaires. Ils ajustent également leurs perspectives en matière de croissance, d’inflation et de taux directeurs. En réalité, la hausse des rendements à long terme observée dans l’ensemble des régions tient majoritairement au relèvement des anticipations de taux directeurs, qui varient en fonction des dynamiques de croissance et d’inflation. Bien que les préoccupations budgétaires contribuent d’une certaine manière à la flambée des rendements obligataires, leur influence reste négligeable. Le signal envoyé par les marchés obligataires est que les économies restent capables de s’adapter à des taux plus élevés. Les marchés sont de plus en plus contraints d’intégrer à leurs scénarios un environnement caractérisé par une croissance résiliente et au sein duquel les taux directeurs se maintiennent à des niveaux plus élevés qu’anticipé auparavant.

Inflation élevée, corrélation élevée
La thématique de normalisation s’étend au-delà des taux d’intérêt.
De nombreux investisseurs ont été surpris de constater que la corrélation entre actions et obligations était redevenue positive. Pourtant, sur le plan historique, une telle corrélation n’a rien d’exceptionnel. Avant la fin des années 90, l’inflation était plus variable et les surprises inflationnistes faisaient souvent évoluer les actions et les obligations dans la même direction. Au cours des deux décennies suivantes, les investisseurs se sont habitués à une corrélation fortement négative entre les actions et les obligations, dans un contexte où l’inflation restait solidement ancrée autour de 2 %.
L’environnement actuel est différent. L’inflation, bien qu’elle n’atteigne pas les extrêmes observés en 2022, ne s’est pas non plus stabilisée durablement autour de son objectif. Les recherches que nous avons menées à partir des données historiques montrent que la corrélation entre actions et obligations ne devient positive que lorsque l’inflation dépasse le seuil des 3 %. Le retour à une corrélation négative ou au moins proche de zéro entre les actions et les obligations dépendra de la capacité des banques centrales à rapprocher l’inflation de son objectif de 2 %.
Nous pensons qu’elles finiront par y parvenir. En tous cas, les mesures récentes de resserrement confirment une volonté d’aller dans ce sens. Quoi qu’il en soit, les obligations n’ont pas pour autant perdu les avantages qu’elles offrent en matière de diversification. Il est important de faire la distinction entre les chocs d’inflation et les chocs de croissance. Les obligations resteront sous pression en cas de surprise inflationniste, mais devraient continuer de jouer leur rôle traditionnel lorsque les perspectives de croissance se dégradent. Si les marchés étaient contraints à réévaluer leurs prévisions d’investissement dans l’IA, leurs attentes en matière de consommation ou de manière plus générale leurs perspectives concernant l’activité économique, cet ajustement s’accompagnerait probablement d’une baisse des rendements obligataires.

Implications pour l’allocation d’actifs
Pour les investisseurs, il ne s’agit pas de délaisser les obligations, mais plutôt d’identifier plus précisément les risques qu’elles sont censées couvrir.
Si la croissance est inférieure aux attentes, la duration doit pouvoir offrir une protection. Le niveau de départ élevé des rendements offre aux investisseurs une protection bien supérieure à celle dont ils bénéficiaient pendant la période qui a suivi la crise financière mondiale. Nous profitons des phases de creux pour renforcer notre exposition à la duration, en particulier sur les marchés où les risques pesant sur la croissance sont plus importants et intégrant déjà dans leurs cours des mesures de resserrement substantielles.
Si l’inflation se révélait plus persistante que prévu, d’autres moteurs de diversification pourraient entrer en jeu. Les matières premières et l’or se comportent toujours bien pendant les pics d’inflation, et nous pensons qu’ils devraient occuper une place plus importante dans la structure des portefeuilles diversifiés.
Même si nous continuons de privilégier les actions aux obligations, les obligations d’État nous paraissent aujourd’hui beaucoup plus attractives qu’elles ne l’ont jamais été au cours des dix dernières années. Dans un environnement caractérisé par une inflation plus tenace et des chocs d’offre plus fréquents, l’allocation tactique d’actifs prend davantage d’importance sur des marchés ballottés entre les inquiétudes liées à la croissance et à l’inflation.
À l’heure actuelle, la thématique d’une hausse durable des rendements (« higher for longer ») semble s’imposer sur les marchés obligataires. Nous pensons que cette vision ne donne qu’une représentation partielle de la réalité. Au-delà de la hausse des taux, nous assistons essentiellement à un retour des conditions macroéconomiques à des niveaux plus proches de leurs moyennes historiques. La croissance est plus solide, l’inflation est plus tenace et les bilans du secteur privé sont plus sains que beaucoup ne l’imaginaient. Vues sous cet angle, la hausse des rendements, la corrélation positive entre les actions et les obligations et la résilience des actifs à risque ne sont pas des éléments isolés. Elles constituent les symptômes d’une même réalité : la période qui a suivi la crise financière de 2008 était bien l’exception et non la norme.
Perspectives par classe d’actifs
Le graphique ci-dessous présente le point de vue de notre équipe d’Allocation d’actifs sur l’attractivité globale des différentes classes d’actifs (actions mondiales, taux et crédit) au 23 septembre 2026. Le reste des notations concernent l’attractivité relative de certaines régions au sein des classes d’actifs (actions, obligations, crédit et devises). Dans la mesure où le tableau des perspectives par classe d’actifs ne couvre pas toutes les classes d’actifs, le signal global net peut être plus ou moins négatif ou positif.
| Classe d’actifs | Pondération relative | Point de vue d’UBS Asset Management |
|---|---|---|
Actions mondiales | Surpondération | Nous continuons de surpondérer les actions mondiales, qui sont soutenues par la vigueur des bénéfices et une croissance du PIB nominal toujours solide. Nous préférons les marchés émergents et le Japon par rapport à l’Europe et à la Suisse. |
États-Unis | Neutre | Les bénéfices devraient rester solides aux États-Unis, portés par des fondamentaux solides et un PIB nominal élevé. La croissance des bénéfices s’élargit à d’autres secteurs, malgré la domination constante du secteur technologique. |
Europe | Sous-pondération | Nous sous-pondérons les actions européennes, dont la croissance des bénéfices reste plus faible que dans d’autres régions, tandis que les prix élevés du gaz naturel restent préoccupants. Nous apprécions malgré tout les banques européennes, qui devraient bénéficier de résultats solides et de taux élevés. |
Japon | Surpondération | Les actions japonaises se démarquent favorablement, soutenues par la révision à la hausse des bénéfices par action (BPA), dans un contexte de publications économiques meilleures que prévu et d’amélioration des données d’activité. L’indice TOPIX offre une exposition à une palette plus large de valeurs cycliques au-delà du secteur de l’IA, ce qui permet de diversifier les zones géographiques d’investissement sans se limiter exclusivement aux États-Unis et aux marchés émergents. |
Marchés émergents | Surpondération | Nous surpondérons les actions des marchés émergents, qui présentent des bénéfices solides dans la plupart des régions. L’indice MSCI EM est fortement pondéré en faveur des géants technologiques d’Asie du Nord, qui bénéficient du cycle d’investissement actuel dans l’IA. |
Emprunts d’État mondiaux | Surpondération | Nous profitons des phases de creux pour renforcer notre exposition à la duration mondiale. Nous privilégions la duration au Royaume-Uni et en Australie, où la faiblesse du marché du travail et du marché immobilier fragilise les perspectives de croissance. |
Bons du Trésor américain | Neutre | Le marché des taux anticipe au total près de 5 relèvements de taux, un scénario qui pourrait ne pas se concrétiser si l’inflation continue de baisser. Toutefois, compte tenu du bon état de santé général de l’économie américaine, nous préférons renforcer la duration au Royaume-Uni et en Australie, où l’activité est moins dynamique. |
Bunds | Neutre | Le marché anticipe des mesures de resserrement importantes de la Banque centrale européenne (BCE), alors que l’inflation reste légèrement supérieure à son objectif et que la croissance commence à se redresser, malgré la récente reprise de l’inflation des prix de l'énergie. Face aux tensions existant sur le marché du travail, la croissance des salaires reste soutenue. |
Gilts | Surpondération | Nous continuons de surpondérer les Gilts, dont les valorisations nous paraissent attractives. Les marchés anticipent une politique monétaire restrictive de la Banque d’Angleterre (BoE), qui devrait freiner la croissance et plafonner la hausse des rendements à 10 ans. |
JGB | Neutre | Nous sommes neutres sur les obligations d’État japonaises. Bien qu’un nouveau relèvement des taux d’intérêt de la Banque du Japon (BoJ) ne soit pas à exclure, le marché intègre déjà la poursuite du mouvement de normalisation. Par ailleurs, le coût de portage des positions vendeuses sur les obligations d’État reste élevé en raison de la pentification de la courbe des taux des obligations souveraines japonaises. |
Suisse | Neutre | Nous sommes neutres sur les obligations suisses. Malgré l’atonie de l’économie domestique, les valorisations sont relativement élevées. |
Crédit mondial | Neutre | Le crédit reste soutenu par la solidité des résultats, les révisions à la hausse des notations, l’amélioration du sentiment du crédit et l’importance des entrées de capitaux dans les ETF. Toutefois, les valorisations tendues limitent le potentiel de hausse, tandis que l’accroissement des émissions, notamment liées à l’IA dans le segment Investment Grade, pourrait peser sur les spreads de certains sous-secteurs. |
Crédit Investment Grade | Neutre | Les fondamentaux et les facteurs techniques du segment Investment Grade restent solides. Toutefois, le volume important des émissions d’hyperscalers pourrait empêcher les spreads de se resserrer davantage. |
Crédit à haut rendement | Neutre | Nous pensons que les spreads vont rester serrés et que la volatilité va rester faible, en ligne avec une dynamique de milieu de cycle. Une légère hausse des taux de défaut est possible, mais les fondamentaux restent solides dans l’ensemble. De leur côté, les rendements globaux attractifs continuent de soutenir les entrées de capitaux. |
Dette émergente en devise forte | Neutre | Nous sommes neutres sur la dette émergente en devise forte, mais surpondérons la dette en devises locales, au sein de laquelle certaines opportunités de portage restent attractives. Nous restons attentifs à la fonction de réaction des banques centrales des marchés émergents face aux retombées inflationnistes du conflit avec l’Iran. |
Devises | N/A1 | N/A1 |
USD | Neutre | Nous sommes neutres sur dollar américain (USD), alors que la dynamique de reprise n’est plus seulement limitée à l’économie américaine et touche également d’autres régions du monde (Japon, Europe et Asie de l’Est). Les perspectives positives pour la croissance mondiale et les marchés actions exercent une pression baissière sur la devise. |
EUR | Neutre | Nous restons neutres sur l’euro (EUR), les signes récents de reprise économique dans la région étant fragilisés par une nouvelle flambée des prix de l’énergie. |
JPY | Neutre | Les gouvernements américain et japonais affichent leur volonté de soutenir le yen (JPY), et la Banque du Japon poursuit son resserrement monétaire. Toutefois, pour assister à un véritable redressement du yen, il faudrait que les investisseurs allouent davantage de capitaux sur le marché intérieur. |
CHF | Sous-pondération | En raison de la faiblesse de ses rendements et de sa valorisation élevée, le franc suisse (CHF) est une devise de financement attractive, d’autant que la Banque nationale suisse (BNS) cherche à empêcher une appréciation excessive de sa monnaie. |
Devises émergentes | Surpondération | Nous privilégions les devises émergentes à fort portage, comme le rand sud-africain (ZAR), qui offrent des taux d’intérêt réels élevés, dans un environnement mondial favorable, marqué par la croissance de l’activité manufacturière, un sentiment de marché favorable au risque et la hausse des prix des matières premières. |
Matières premières | Neutre | Nous surpondérons l’or, alors que les banques centrales, notamment la banque centrale chinoise, reprennent leurs achats et que le métal jaune résiste globalement bien à la hausse des rendements réels. Le baril de Brent devrait évoluer dans une fourchette de 80 à 120 USD tant que les tensions entre les États-Unis et l’Iran persisteront. |
Code : C-09/2026 M-007084 M-007100

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