Patrick Forte, directeur Corporate Clients de la région Suisse centrale et directeur PME Advisory, s’entretient avec Patrick Bourloud, directeur Wealth Management de la région Suisse romande et directeur Executives & Entrepreneurs Wealth Management Suisse.

Comment un entrepreneur doit-il envisager sa succession à la tête de son entreprise?

P. Forte: Il est important d’aborder le sujet le plus tôt possible. Avant toute chose, un entrepreneur doit avoir son objectif en tête. L’entreprise que j’ai mis des années à créer doit-elle rester dans la famille? Quelqu’un, dans l’entreprise, est-il disposé à la reprendre? Ou bien ai-je envie de la revendre pour en tirer le meilleur bénéfice possible? Autant de questions auxquelles il faut souvent plusieurs années pour répondre, parce qu’un entrepreneur a rarement le recul suffisant pour évaluer sa société comme le ferait quelqu’un qui n’est pas concerné.

Pour pouvoir préparer la succession d’une entreprise, il faut pouvoir en connaître la valeur. Comment fait-on?

P. Bourloud: Il y a une différence entre la valeur réelle d’une entreprise et sa valeur affective. Cette dernière est bien souvent supérieure de 30% à la valeur rationnelle, dans la mesure où l’entrepreneur a investi une grande partie de sa vie et de son patrimoine dans la création de son entreprise. Un bon conseiller doit connaître cette valeur émotionnelle s’il veut pouvoir calculer le bon prix de vente. La plupart des entrepreneurs ne cherchent pas à faire le plus grand profit dans les meilleurs délais. Le plus souvent, ils souhaitent pérenniser l’entreprise et préserver les emplois. C’est cet aspect qu’il appartient de mettre en avant pour faire converger la valeur émotionnelle et la valeur réelle. Une autre possibilité pour ajuster les attentes du vendeur à celles de l’acheteur est d’opérer une restructuration ciblée des actifs. Un acquéreur s’intéresse avant tout à l’évolution à venir des bénéfices et n’a aucune envie de financer des moyens superflus pour l’exploitation. C’est pourquoi il est judicieux de commencer suffisamment tôt à transférer ces moyens superflus – comme les excédents de liquidités – dans le patrimoine privé. Cette mesure aura pour avantage d’abaisser le prix d’achat et de faciliter le financement par l’acheteur.

Comment procède-t-on à une restructuration des actifs? Quels sont les éléments à prendre en compte?

P. Bourloud: Il existe deux moyens de transférer les avoirs superflus vers le patrimoine privé: le versement de salaire et le versement de dividendes. Cependant, il convient de prendre les mesures correctives qui s’imposent pour en atténuer l’incidence fiscale – par exemple, en examinant la solution existante en matière de caisse de pension. En plus d’une plus grande facilité à céder l’entreprise, la restructuration des actifs apporte à l’entrepreneur le bénéfice de gains de capital exonérés d’impôts dans le domaine de la gestion de la fortune privée.

«Il convient également de passer en revue toutes les options possibles et de prendre systématiquement en compte les intérêts de la famille.»

Patrick Forte, directeur Corporate Clients de la région Suisse centrale et directeur PME Advisory

Il arrive que la succession d’entreprise ne se passe pas comme prévu.

P. Forte: Oui, cela arrive souvent parce que la solution retenue pour la succession doit se cristalliser lentement si l’on veut que les valeurs et les objectifs auxquels l’entrepreneur est attaché soient respectés. Pour tout chef d’entreprise, la question de sa succession est chargée d’émotions. Durant cette première phase, il est important de pouvoir parler en toute confiance à un conseiller qui saura se montrer à la fois empathique et exigeant. Il convient également de passer en revue toutes les options possibles et de prendre systématiquement en compte les intérêts de la famille. Au vu de la complexité, les changements de plan en cours de route n’ont rien d’anormal. D’autant plus que la situation est souvent intriquée, tant sur le plan opérationnel que structurel. Les préparatifs nécessaires au transfert d’une entreprise durent souvent plus longtemps que le transfert lui-même. Ce dernier dure en moyenne de 6 à 18 mois.

Arrive-t-il souvent que ce soit la fille ou le fils qui reprenne l’affaire?

P. Forte: C’est le rêve de nombreux entrepreneurs! Pourtant, aujourd’hui, seuls 40% des entreprises restent dans la famille. Cela tient surtout au fait que les jeunes ont beaucoup plus d’opportunités professionnelles que par le passé et qu’ils ont rarement envie d’être dans l’entreprise à 7 heures du matin tous les jours. C’est une situation difficile pour tous quand le fils ou la fille doit dire «non» à son père. On tarde d’ailleurs souvent à franchir le cap. L’espoir fait vivre, comme on dit, et le jour venu, c’est parfois un monde qui s’écroule.

Quelles sont les autres solutions à part la succession familiale?

P. Forte: Quand aucun membre de la famille ne veut reprendre l’entreprise, la vente aux dirigeants en place apparaît comme une solution naturelle. Le rachat d’une entreprise par ses dirigeants (management buy-out) représente souvent une solution extrêmement satisfaisante pour les entrepreneurs. En effet, l’acheteur connaît bien la société et il y a fort à parier qu’il en assurera la prospérité. Mais si le directeur général n’est pas disposé à le faire ou si le capital nécessaire n’est pas réuni, la solution pourra consister à vendre la société à un acheteur externe. Si les petites entreprises sont souvent vendues à des particuliers, les plus grosses sont rachetées la plupart du temps par d’autres sociétés pour des raisons stratégiques. Il peut s’agir de fournisseurs, de clients connus ou de concurrents qui souhaitent renforcer leur position sur le marché ou augmenter leurs recettes. À ces quatre possibilités viennent s’ajouter des cas particuliers, par exemple, lorsqu’une société de capital-investissement ou un investisseur financier rachète l’entreprise. Ils tenteront alors de faire grandir l’entreprise sur une certaine durée afin d’en retirer un plus grand profit au fil des années.

Autre question importante: les besoins de l’entrepreneur qui aspire à une vie agréable à la retraite. Comment évaluer les montants dont il a besoin?

P. Bourloud: Il est recommandé d’élaborer un plan de revenus et de patrimoine détaillé. Avec l’entrepreneur, on déterminera ses besoins étape par étape: Que veut-il faire de son argent après la vente de l’entreprise? De combien a-t-il besoin au quotidien? Combien souhaite-t-il léguer à ses enfants? Tout cela doit être tiré au clair, car bien souvent, les décisions prises ne sont pas révocables. Là encore, la restructuration des actifs dont nous avons parlé précédemment aide à passer la retraite à l’abri du souci.

«L’évaluation des impôts pouvant peser sur une succession est une tâche complexe impliquant des aspects touchant à la fois au droit des successions, au droit des entreprises et au régime des biens matrimoniaux.»

Patrick Bourloud, directeur Wealth Management de la région Suisse romande et directeur Executives & Entrepreneurs Wealth Management Suisse.

La vente d’une entreprise est souvent lourdement fiscalisée. Y a-t-il des moyens de réduire la charge fiscale?

P. Bourloud: Les impôts frappant une succession varient souvent fortement d’un cas à l’autre. Dans le cas d’une succession familiale, les donations ou la vente d’actions permettent de réduire la charge fiscale. La réglementation fiscale qui prévaut dans le cas d’un «management buy-out», d’une vente à un tiers, d’une cessation d’activité ou d’une liquidation contrôlée est tout autre. L’évaluation des impôts pouvant peser sur une succession est une tâche complexe impliquant des aspects touchant à la fois au droit des successions, au droit des entreprises et au régime des biens matrimoniaux. Le choix de la solution optimale requiert une connaissance approfondie du sujet et une expérience pratique de longue date dans le transfert des entreprises familiales. Un entrepreneur peut économiser beaucoup d’argent en confiant ces interrogations à un expert qui possédera une parfaite maîtrise du droit fiscal et des derniers développements de la situation juridique aux niveaux fédéral et cantonal. Il est également important de planifier à long terme – car pour tirer le meilleur parti du potentiel d’économie fiscale, il est indispensable de s’y prendre tôt, au minimum cinq ans à l’avance.

Faut-il se faire conseiller pour régler sa succession d’entreprise?

P. Forte: On a les meilleures chances de réussir sa succession quand on suit une procédure claire. Que l’on s’en remette à sa banque, à un expert fiduciaire, à un conseiller professionnel ou à un particulier – le bon partenaire est toujours celui qui, en plus de connaître le sujet, comprend ce que ressent l’homme derrière l’entrepreneur. L’avantage d’UBS par rapport à d’autres conseillers tient au fait que les entrepreneurs peuvent recourir aux conseils de nos spécialistes tout au long du cycle de vie de leur entreprise. Ces derniers peuvent ainsi tenir compte des intérêts privés et professionnels du client dans leur globalité. Nous constituons nos équipes de spécialistes en fonction de chaque situation, de manière à répondre le mieux possible aux besoins de chacun de nos clients.

Première banque en Suisse pour les entrepreneurs, UBS est l’adresse privilégiée pour tous les sujets financiers et stratégiques qui concernent les chefs d’entreprise – tant sur le plan privé que professionnel. Nos experts et conseillers clientèle sont spécialisés dans le conseil global aux entrepreneurs – depuis la prévoyance jusqu’à la succession d’entreprise et la gestion de patrimoine, en passant par la planification fiscale et la restructuration des actifs. Leur longue expérience leur permet d’apporter une réponse personnalisée à la situation et aux besoins de chaque chef d’entreprise.

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