Gian-Mattia Schucan Foto: Nik Hunger

«Avec notre app, les sociétés de TP peuvent faire des économies considérables», promet Gian-Mattia Schucan en montrant du doigt la station de tram devant le Palais fédéral, à Berne. Six distributeurs de billets y sont installés, trois de chaque côté de la rue. Un investissement de 210 000 francs (35 000 francs par automate), explique Gian-Mattia Schucan. Avec Fairtiq, la desserte d’une nouvelle région de réseau en Suisse ne revient qu’à 115 000 francs. Une belle économie d’un point de vue financier. L’app «check-in, check-out» pour les transports publics est disponible en Suisse et au Liechtenstein depuis 2016. Gian-Mattia Schucan s’était initialement lancé dans trois régions. En 2018, le billet mobile est utilisable dans tout le pays.

Mon trajet vers les bureaux de Fairtiq, à Berne, commence à Zurich, à l’arrêt de bus Brunau/Mutschellenstrasse, dans le quartier de Enge. Je dois effectuer deux changements pour arriver à la gare centrale. J’ai un abonnement demi-tarif. Dans le bus, j’appuie sur le bouton «Start» de l’app. Le chronomètre démarre.

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Deux arrêts plus tard, à l’arrêt Waffenplatz-/Bederstrasse, je fais de nouveau glisser le bouton «Stop» vers la gauche. Ce trajet me coûte 2 francs 30, soit le prix d’un billet court parcours dans les transports publics zurichois.

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Je monte dans le tram. Cette fois, le trajet dure plus longtemps. À mon arrivée à la gare centrale, l’app m’indique un prix de 80 centimes. Les deux trajets me coûtent donc 3 francs 10, soit presque autant qu’un ticket ordinaire.

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Dans le train en direction de Berne, j’appuie à nouveau sur le bouton «Start» de l’app. En temps normal, ce trajet me coûte 25 francs 30 en demi-tarif. Arrivée à Berne, je ne paie pourtant que 23 francs. «Oui, nous avons optimisé votre prix. Pour ce trajet, vous avez économisé 2 francs 30», m’annonce l’app.

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En cas de contrôle, il suffit d’appuyer, dans l’app, sur le bouton «Voir mon billet». Un code QR apparaît. Le contrôleur vérifie alors que l’on est bien enregistré sur l’app et depuis quand.

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Au centre-ville de Berne, Gian-Mattia Schucan, fondateur de Fairtiq, m’explique comment il compte bouleverser les transports publics européens grâce à son application.

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De retour à Zurich, je découvre une surprise: le retour ne me coûte que 19 francs. Un prix possible uniquement grâce à Fairtiq, qui détermine le prix optimal pour chaque trajet et intègre par exemple un City-Ticket à un trajet en train lorsque l’on a déjà utilisé les transports publics dans une ville.

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Fairtiq – le billet équitable – fonctionne selon le principe «je paie la distance parcourue». Pour chaque course, l’app calcule le prix optimal du billet, dont on s’acquitte à la fin du trajet. Il s’agit donc d’activer «Start» lors de l’accès au tram ou au train, puis «Stop» en descendant du moyen de transport. Par le biais d’un code QR dans l’app, le contrôleur peut voir si un usager a procédé au «check-in», à savoir s’il a payé pour la course. Quiconque tente de berner l’app pour resquiller est averti par SMS. Pour le fondateur et CEO de l’entreprise, il s’agit d’une idée rentable jusqu’ici: la start-up compte en effet déjà plus de 100 000 utilisateurs enregistrés et quelque 30 000 actifs par mois. Et leur nombre augmente quotidiennement – depuis août 2017, le chiffre d’affaires mensuel a été multiplié par huit, pour atteindre 1 million de francs environ. Pour chaque billet vendu, Fairtiq reçoit une taxe de transaction et peut en outre compter sur quatre investisseurs pour son expansion internationale. En juin, la start-up a remporté le Swiss Economic Award dans la catégorie Services, prix doté de 25 000 francs, et bénéficie également du soutien d’UBS depuis cette date. Pour Gian-Mattia Schucan, cette récompense est un jalon qui lui prouve qu’il fait bonne route avec Fairtiq. «Nous nous sommes fait un nom parmi les jeunes entreprises suisses leaders, ce qui nous donne l’impression d’être une véritable société.»

Réduction du coût à un millième

À présent, l’app est censée traverser les frontières du pays – l’objectif du CEO étant l’Europe. En septembre 2018, son équipe et lui ont lancé Fairtiq dans le Vorarlberg, en Autriche. «Même s’il est difficile d’établir des pronostics, nous espérons être présents dans une grande partie de l’Europe de l’Ouest d’ici 2022», avance-t-il. En Suisse, la start-up a profité de l’effet de domino. Et elle espère en faire de même à l’étranger.

Réunion chez Fairtiq. Gian-Mattia Schucan (au fond à droite) et son équipe de développeurs. L’objectif de Fairtiq est d’être présente dans une grande partie de l’Europe de l’Ouest d’ici 2022. Photo: Nik Hunger

Durant dix ans, Gian-Mattia Schucan a été directeur des ventes et des services aux CFF, avant de démissionner pour conquérir de nouveaux horizons. Déjà à l’époque des CFF, l’entrepreneur âgé de 49 ans réfléchissait à l’automatisation du billet. Les solutions s’avérèrent toutefois beaucoup trop onéreuses, et leur mise en œuvre aurait duré des années. Souhaitant éviter ces aléas, Gian-Mattia Schucan a créé Fairtiq. «Notre produit coûte 1000 fois moins cher, au sens propre du terme.»

Nous espérons être présents dans une grande partie de l’Europe de l’Ouest d’ici 2022.

Le fondateur a déjà pu rallier 25 partenaires de réseau à son idée. Les VBL de Lucerne ou les TPF de Fribourg, notamment, collaborent avec Fairtiq. C’est uniquement à Zurich et à Bâle que les partenaires régionaux font encore défaut. «Mais j’y travaille», souligne le Bâlois domicilié aujourd’hui à Berne avec sa famille. Son ancien employeur, les CFF, est désormais lui aussi de la partie. «La commercialisation de notre solution a d’abord suscité la consternation», se souvient Gian-Mattia Schucan. Mais les CFF ont rapidement reconnu la plus-value. Une technologie de Fairtiq équipe dorénavant une app de l’entreprise ferroviaire. Le résultat devrait être présenté prochainement.

Les utilisateurs ont en moyenne 50 ans

«Les clients ont entre sept et 90 ans.» L’utilisateur moyen a la cinquantaine, et les retours proviennent souvent de personnes plus âgées, aux alentours des 80 ans, qui apprécient l’ergonomie de l’app, selon le fondateur. Le prix est certes un facteur important, mais la simplicité l’est encore plus. Comment le père de quatre enfants s’explique-t-il que ce ne sont pas les générations Y et Z, à affinité numérique, qui utilisent principalement Fairtiq? «Les geeks sont capables de venir à bout des solutions les plus complexes.»

L’app est développée en permanence depuis la fondation de l’entreprise. Si on omet le «check-out» à l’issue d’une course, l’app reconnaît que l’usager ne se trouve plus dans un objet roulant et met fin à la tarification. Et s’il arrivait qu’un tarif erroné soit facturé, le client peut immédiatement soumettre une réclamation via l’app et sera remboursé. L’app n’est pas encore disponible pour les trajets en bateau, ni pour les remontées mécaniques, et le supplément nocturne fait également défaut. «Tout cela est en cours de préparation», rassure Gian-Mattia Schucan.

Swiss Economic Award

UBS s’engage en faveur des jeunes entrepreneurs.

Attribué dans le cadre du Swiss Economic Forum (SEF) depuis 1999, le Swiss Economic Award est la récompense la plus prestigieuse pour jeunes entrepreneurs en Suisse. À cet égard, UBS décerne un prix doté de 25 000 francs récompensant des performances entrepreneuriales exceptionnelles, en alternance dans les catégories «Services», «High-tech/Biotech» et «Production/Commerce». Les gagnants reçoivent également un paquet de services complets composé d’avis d’experts qualifiés, d’une couverture médiatique unique et d’un accès à l’excellent réseau SEF.

www.swisseconomic.ch/fr/sef-award/