Photos: Christian Rintelen

La plupart des investisseurs institutionnels ont traversé la même épreuve que Raffaele Petrone, qui, en tant que spécialiste en placements chez PEKAM, gère notamment la caisse de pension de Holcim Suisse. On savait certes qu’un nouveau virus proliférait en lointaine Chine. On espérait bien entendu qu’il ne franchirait pas les frontières suisses, à l’instar du SARS quelques années auparavant. Mais on a alors compris que ce virus était différent. Et soudain, il était là. Et là-bas. Sur les cinq continents. À partir du 20 février, les cours boursiers ont connu un effondrement quasi sans précédent. Notre entretien avec Raffaele Petrone porte sur le krach de mars, la manière dont ses clients ont surmonté la crise relativement indemnes, la gouvernance en temps de crise ainsi que sur les principaux enseignements qu’il en a tirés.

Comment vous sentiez-vous en mars 2020?

La situation était tendue et pas toujours commode. Nous avons tous été surpris par la vitesse à laquelle le virus a paralysé tous les continents simultanément. Et contrairement aux krachs précédents, la crise du coronavirus a affecté l’ensemble des marchés et des catégories de placements. En tant qu’investisseur, on ne disposait donc plus d’alternatives. Je n’avais encore jamais vécu cela.


Les analyses ALM régulières sont essentielles.

Comment vos investissements ont-ils réagi?

Nous nous en sommes tirés à bon compte. Bien entendu, nos portefeuilles ont eux aussi basculé brièvement dans le négatif, mais les catégories de placements se sont maintenues dans les fourchettes stratégiques. Nous n’avons donc pas dû réagir par des remaniements.

Des pertes de près de 40% demeurent dans les limites?

Bien sûr que non. Mais les titres et les catégories de placements n’ont pas tous connu une telle déconfiture. Rétrospectivement, nous avons eu de la chance avec le timing. En mai 2019, le conseil de fondation de la caisse de pension de Holcim Suisse a adopté une nouvelle stratégie d’investissement, fondée sur une étude ALM (Asset Liability Management). Nous avons ensuite progressivement appliqué cette stratégie à toutes les catégories d’investissements. À cet égard, nous avons profité de la bonne performance des marchés boursiers pour adapter la part des actions à la stratégie et garantir ainsi des bénéfices. Nous avons ainsi été en mesure d’augmenter nos réserves de fluctuation de valeur, grâce à l’année boursière sensationnelle de 2019, et de réduire le risque.

Raffaele Petrone

Raffaele Petrone est spécialiste en placements chez PEKAM AG. Il travaille dans la gestion des investissements depuis plus de 30 ans et bénéficie d’une expérience dans le domaine du private banking international. Sa formation englobe le brevet fédéral de spécialiste de la prévoyance en faveur du personnel et il est, en outre, membre de l’Advisory Board UBS AST3 Global Infrastructure and Global Real Estate. La société PEKAM est spécialisée dans la gestion d’institutions de prévoyance et de fondations. Elle a été créée en 1997 en tant que spin-off de Holcim. Aujourd’hui, outre la caisse de pension de Holcim (Suisse) SA et le Holcim Pension Fund, PEKAM gère également les institutions de prévoyance d’autres entreprise de renom ainsi que des fondations d’utilité publique.

Avez-vous pu profiter d’autres facteurs?

Toutes nos caisses de pension présentent un taux de couverture confortable. Nous avons donc bénéficié de tampons suffisants pour amortir les fluctuations. Il n’en reste pas moins que la situation en mars a été difficile pour tous. D’autant plus que personne ne savait jusqu’à quel seuil les cours chuteraient. Les caisses de pension avec peu de réserves sont plus fortement touchées par un tel krach, elles passent plus rapidement en sous-couverture et doivent faire l’objet d’un assainissement. Il se peut même qu’elles doivent vendre au pire moment afin de réduire leurs risques.

Avez-vous élaboré un plan d’urgence?

Oui, il y a déjà de nombreuses années! Les plans d’urgence ne doivent pas être développés au dernier moment. En effet, vous ne pouvez pas éteindre une maison en feu si vous devez d’abord recruter et équiper des pompiers. L’élaboration d’une stratégie appropriée évite les réactions précipitées en cas d’aléas. En situation de crise, au contraire, il est important de prendre du recul et de garder son sang-froid. Les fluctuations du marché font partie du jeu. Les caisses de pension ne sont pas des day traders, mais travaillent avec un horizon d’investissement à très long terme.

Chute de cours sans alternative: vos conseils de fondation se sont-ils inquiétés?

Vous faites allusion à la responsabilité des organes? Non, il n’y a aucun lieu de s’inquiéter si la gouvernance est bien organisée et que les responsables ne font preuve d’aucune négligence, en agissant en toute bonne foi et en respectant la réglementation en matière d’investissement. Par ailleurs, le 2e pilier est soumis à des consignes claires et strictes.

Durant le confinement également, Raffaele Petrone était en contact permanent avec Pascal Moser, son conseiller UBS.

À quoi tient une bonne gouvernance?

À des stratégies et à des limites claires – sans oublier, bien sûr, les informations actuelles concernant l’évolution de la valeur du portefeuille. À ce titre, pour la caisse de pension de Holcim Suisse, nous profitons du Global Custody d’UBS ainsi que d’outils comme l’Asset Wizard. Je ne suis donc pas obligé de demander les informations à chaque gestionnaire d’actifs et de les consolider moi-même, mais je dispose à tout moment d’une vue d’ensemble de notre portefeuille. Par conséquent, je suis à même d’informer en temps réel les comités d’investissement et les conseils de fondation.


Je bénéficie grandement de l’UBS Asset Wizard.

Comment avez-vous pu évaluer vos investissements en private equity en mars?

Les fournisseurs de fonds on fait un excellent travail pendant la crise. Le krach a certes généré des difficultés en termes d’évaluation de certaines positions de fonds, mais le flux d’informations était excellent malgré tout. Dès que les positions étaient à nouveau évaluables, nous avons de nouveau reçu des rapports pertinents. Cependant, il ne faut pas oublier que les évaluations des placements alternatifs peuvent être effectuées avec un décalage pouvant aller jusqu’à six mois. Leur degré d’actualité est donc relatif. Nous pouvons toutefois évaluer l’évolution de la valeur et l’intégrer à notre perspective globale.

Vos décideurs ont-ils exigé des informations plus fréquentes ou différentes pendant la crise?

Pas vraiment. En ce qui concerne la caisse de pension de Holcim Suisse, les membres du conseil de fondation reçoivent chaque mois un extrait du portefeuille comprenant tous les postes de dépôt; ils n’en ont d’ailleurs pas exigé davantage pendant la crise. Les décisions opérationnelles sont prises par le comité de placement, composé notamment de membres délégués du conseil de fondation. En réaction à la crise, nous avons informé le comité de placement chaque semaine par conférence téléphonique, voire avec des conférences téléphoniques ad hoc.

Vous n’avez donc jamais été réveillé en pleine nuit par un membre du conseil de fondation?

Non. Et j’ai dormi à poings fermés durant cette période également. (Rires.) En revanche, le comité de placement connaît le fonctionnement de notre système d’alerte précoce. Dès que certaines limites sont atteintes, il doit mettre en œuvres des mesures préalablement définies. Mais le cas ne s’est jamais présenté.

Comment avez-vous été soutenu par UBS dans l’information des comités responsables?

Je suis très satisfait des rapports élaborés sur mesure pour les destinataires. Cela m’épargne beaucoup de travail, puisque je ne suis pas obligé d’effectuer moi-même les comptes-rendus mensuels pour le conseil de fondation ni les rapports hebdomadaires à l’intention du comité de placement. Par ailleurs, l’Asset Wizard me fournit des informations actuelles concernant le portefeuille d’investissements. Il s’agit là d’un autre aspect important de la gouvernance. Car je peux constater d’emblée si des limites définies dans la réglementation en matière d’investissement ont été dépassées.


J’espère qu’UBS continuera à faire preuve d’autant d’innovation.

Le télétravail imposé par UBS a-t-il eu des répercussions pour vous?

Tout a fonctionné comme sur des roulettes. Et cela est vraiment remarquable. Mes interlocuteurs sont restés accessibles à tout moment et ont pu me fournir chaque information souhaitée depuis leur domicile. Rares sont les banques suisses qui bénéficient d’une infrastructure informatique aussi performante. Cela ne coule pas de source, car les coûts doivent être considérables. La crise a permis de prouver que cet argent a été investi à bon escient. J’espère qu’UBS continuera à faire preuve d’autant d’innovation. Je suis également ravi du conseil et du soutien de la part de mes conseillers. Et j’apprécie qu’UBS prenne vraiment au sérieux les besoins de ses clients.

À quels besoins songez-vous?

Personnellement, j’ai suggéré d’intégrer dans l’Asset Wizard le graphisme et le contenu du rapport existant sur le private equity. Je ne sais pas encore si cela sera possible. Mais on m’a explicitement demandé quels étaient mes souhaits et si j’avais des propositions d’amélioration. Cela ne va pas de soi non plus.

Quels sont les trois enseignements que vous tirez de la crise du coronavirus de mars 2020?

Il faut faire ses devoirs consciencieusement, penser à l’impensable et réfléchir à la manière d’y réagir le cas échéant. Le principal devoir réside dans une analyse ALM régulière et approfondie, comme base de la stratégie d’investissement. C’est une tâche vitale. Deuxièmement, il faut systématiquement adapter le portefeuille à la nouvelle stratégie. Et troisièmement, l’autodiscipline est de mise – la stratégie et les limites doivent être surveillées et les décisions doivent être mises en œuvre systématiquement. Tout le reste échappe à mon influence.


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