TAKE-AWAYS

  • Une stratégie d’investissement diversifiée conduit inévitablement à des placements à l’étranger, ce qui entraîne des risques de change importants qui doivent être pris en compte dans la gestion des risques.
  • La décision de couvrir les risques de change et l’étendue de cette couverture dépendent de l’horizon de placement et du budget de risque d’une caisse de pensions.
  • La couverture réduit la volatilité du portefeuille, tandis que le rendement à long terme reste généralement similaire, avec ou sans couverture.
  • La couverture opportuniste est risquée et déconseillée; il est préférable de respecter de manière cohérente et à long terme un taux de couverture défini au préalable.

Pour remplir leurs obligations, les institutions de prévoyance suisses ont besoin de revenus appropriés et stables provenant de leurs actifs immobilisés. Elles poursuivent donc une stratégie d’investissement largement diversifiée. Cette diversification implique qu’une part considérable des investissements est réalisée sur les marchés étrangers ou dans des instruments financiers cotés en devises étrangères.

La part en devises étrangères qui en résulte et les risques de change associés doivent être gérés dans le cadre de la gestion des risques. En principe, les risques ne devraient être pris que s’ils sont systématiquement compensés par une prime de risque. La prise en charge de ces risques devrait donc être compensée par un rendement supplémentaire.

Qu’est-ce que cela signifie dans le contexte des risques de change? Dans quelle mesure faut-il les couvrir? Qui doit le faire et avec quels moyens? Et quel est le coût d’une telle couverture? Les comités d’investissement sont régulièrement confrontés à ces questions. Comme c’est souvent le cas en matière de placement, une analyse minutieuse s’impose pour trouver des réponses pertinentes.

Couvrir ou ne pas couvrir?

La question centrale est de savoir s’il faut couvrir ou non les risques de change. La réponse dépend essentiellement de l’horizon de placement. À titre d’illustration, le graphique montre l’évolution d’un portefeuille simple composé à 50% d’obligations et à 50% d’actions, avec une part de devises étrangères de 30% (20% en dollars américains, 10% en euros). Dans un cas, cette exposition est couverte à 100% (ligne grise),1 dans l’autre cas, les risques de change sont supportés (ligne rouge).2

Évolution historique d’un portefeuille d’investissement: couvert vs non couvert

Historische Entwicklung eines Anlageportfolios: hedged vs. Unhedged

Le graphique présente l’évolution d’un portefeuille simplement composé, réparti pour 50% en obligations et pour 50% en actions, avec une part de devises étrangères de 30% (20% en dollars américains, 10% en euros). Dans un cas, cette exposition est couverte à 100% (ligne grise); dans l’autre, les risques de change sont assumés (ligne rouge). Les zones rouges et grises représentent la différence de rendement cumulée entre les deux portefeuilles («hedged» divisé par «unhedged»), qui tend vers zéro à long terme.

L’évolution des rendements ne diffère que légèrement. Sans couverture, les taux d’intérêt plus élevés sont neutralisés à long terme par la dépréciation des devises correspondantes, car les écarts de taux d’intérêt et d’inflation sont les principaux moteurs de l’évolution des taux de change. Avec une couverture, cet effet est anticipé. Comme prévu, le portefeuille couvert présente une volatilité moindre.

À court terme, les devises peuvent se déprécier plus ou moins fortement que ne le laisse supposer la différence de taux d’intérêt. Dans l’illustration, les zones rouges et vertes montrent ces effets. Il s’agit de la différence de rendement cumulée entre les deux portefeuilles («couvert» divisé par «non couvert»), qui tend vers zéro à long terme. Dans l’exemple, la forte dépréciation du dollar américain et de l’euro au cours de la période 2010/2011 domine le tableau d’ensemble. Elle a largement contribué à ce que le portefeuille couvert affiche un rendement supérieur de 0,2 % par an sur l’ensemble de la période considérée. Cela montre comment des effets individuels, souvent imprévisibles, peuvent influencer même des périodes d’investissement longues. Il en ressort trois conclusions.

  • Premièrement, si l’horizon d’investissement est court, les effets de change peuvent dominer le rendement – une couverture est alors préférable. 
  • Deuxièmement, si l’horizon d’investissement est suffisamment long et le budget de risque suffisant, il est possible de renoncer à une couverture, car une volatilité plus élevée a moins d’importance et les différences de rendement significatives sont moins probables. 
  • Troisièmement, et c’est décisif, il faut s’en tenir systématiquement à la voie choisie (couverture ou pas de couverture). Une couverture opportuniste est risquée, car il est peu probable de parvenir à anticiper avec précision les fluctuations importantes.

Qui décide?

Les directives de l’OPP 2 (art. 55 let. e) limitent l’exposition autorisée des caisses de pensions en devises étrangères (sans couverture du risque de change) à 30% de la stratégie de placement. En conséquence, le conseil de fondation doit déterminer l’étendue de la couverture, c’est-à-dire le taux de couverture visé. Ce faisant, il doit tenir compte de la limite susmentionnée et, plus important encore, du budget de risque spécifique à la caisse dans le règlement de placement et dans l’allocation stratégique des actifs.

La mise en oeuvre concrète peut être effectuée efficacement de manière centralisée via un «currency overlay» ou, à défaut, par les gestionnaires de fortune mandatés dans le cadre de leurs mandats. Dans le cas des placements collectifs, la procédure la plus simple consiste à choisir la tranche «hedged en CHF», si elle est disponible. Alors que les premières variantes permettent des taux de couverture flexibles, la seconde conduit à une couverture fixe à 100% du compartiment concerné.

Comment fonctionne la couverture?

La couverture s’effectue généralement par le biais d’opérations à terme sur de devises, qui sont renouvelées tous les trois, six ou douze mois, par exemple. Le cours à terme auquel l’euro ou le dollar américain sont vendus contre le franc suisse à la fin de la durée du contrat dépend, comme mentionné ci-dessus, de la différence de taux d’intérêt entre les devises. Un ajustement est effectué à hauteur de la différence entre les taux d’intérêt.

Quels sont les coûts?

Si 1 euro coûte aujourd’hui 0.93 franc, le cours à terme dans douze mois sera d’environ 0.91 franc en raison de la différence de taux d’intérêt, qui est actuellement de 2,1% par an. Cette perte est souvent qualifiée de coût de couverture. En réalité, il s’agit uniquement de la dépréciation nécessaire de l’euro à hauteur de l’avantage supposé en termes de taux d’intérêt. Les coûts effectifs comprennent les coûts de transaction (par exemple, la marge du courtier, les frais, des marges ou les coûts de garantie). Ils ne représentent généralement qu’une fraction de la différence de taux d’intérêt.

Pragmatisme et cohérence

Les risques de change entraînent des fluctuations plus importantes dans le portefeuille, qui peuvent être réduites par une couverture. Le rendement à long terme est largement identique, qu’il soit couvert ou non. Il est soit réduit par les coûts de couverture, soit diminué au fil du temps par les dépréciations des devises étrangères. Dans l’exemple avec une durée d’investissement de plus de 20 ans, la couverture a non seulement permis de réduire la volatilité, mais aussi d’augmenter légèrement le rendement en comparaison relative.

La décision concernant les catégories d’actifs à couvrir et l’étendue de la couverture requiert du pragmatisme. Du point de vue du portefeuille global, il importe peu, par exemple, de couvrir une part de 10% en dollars américains dans les obligations ou dans les actions. Ce qui est déterminant, c’est de s’en tenir de manière cohérente et à long terme à un taux de couverture stratégique, une fois celui-ci défini. Il n’est pas conseillé de couvrir les risques de change de manière opportuniste.

Sven Ebeling

Sven Ebeling est responsable de Key Client Projects et de Consultant Coverage pour Global Asset Servicing chez UBS depuis mi-2021. Il a également occupé, ces deux dernières années, le poste de Co-Head Asset Servicing Client Migration dans le cadre de l’intégration de l’ancien Credit Suisse. Auparavant, il a dirigé pendant dix ans le département UBS Asset Servicing Suisse. Il a publié plus de 50 articles spécialisés sur des thèmes relatifs aux placements, est chargé de cours dans le cadre du parcours de formation MAS Pensionskassen Management de la Haute Ecole de Lucerne et est membre de longue date du groupe rédactionnel Placements de la revue «Prévoyance Professionnelle Suisse».

Livio Fischbach

Livio Fischbach conseille les conseillères et conseillers à la clientèle ainsi que leurs clients institutionnels en matière de gestion de patrimoine et de respect des obligations légales. Par ses conférences et ses publications sur des thèmes liés aux marchés financiers et à la prévoyance, il contribue de manière significative au renforcement du centre de compétences UBS Institutional Clients. Auparavant, Livio Fischbach a travaillé pendant plusieurs années dans le domaine institutionnel pour UBS Asset Management en Suisse. Il est titulaire d’un master en «Applied Economics and Finance» de la Copenhagen Business School et du titre de CFA Charterholder.