Daniel Kalt, Économiste en chef d'UBS

Comment définissez-vous la durabilité?

Daniel Kalt: Il existe plusieurs définitions. Je privilégie celle qui dit que l’action durable est censée préserver les ressources et les opportunités des générations futures. L’objectif étant de léguer à notre descendance une planète viable et de lui garantir la même prospérité que nous revendiquons pour nous-mêmes. Cela englobe aussi bien le problème des ressources épuisables que l’équité sociale, l’égalité des chances ou les droits de l’homme. Nous ne pouvons pas vivre aux dépens des futures générations.

Sommes-nous sur la voie d’un «monde meilleur»?

Depuis les Lumières, les avancées scientifiques et la révolution industrielle, les habitants des pays occidentaux prospères ont connu une croissance fulgurante, associée à une amélioration considérable du niveau de vie. Ce développement s’est fait en partie au détriment de l’environnement des générations futures. Ces dernières années, l’humanité a réalisé qu’il n’était pas possible de continuer sur cette lancée dans certains domaines.

Nous ne pouvons pas vivre aux dépens des futures générations.

La thématique ne suscite pas le même intérêt partout.

Cela est certes compréhensible: les pays émergents, notamment, se trouvent encore en pleine phase de croissance initiale. Le taux de mortalité recule, la formation scolaire s’améliore et les chances de vie augmentent. Comme chez nous, ce développement n’est pas toujours en phase avec la durabilité. Mais nous ne pouvons pas interdire aux sociétés plus pauvres d’aspirer elles aussi à un niveau de vie supérieur. Aujourd’hui, il est donc d’autant plus important d’agir à l’échelle globale. Ce que corroborent d’ailleurs les discussions actuelles sur le climat.

Source: Intervista, 2019

Est-ce précisément ce qui a incité UBS à intervenir dans la discussion?

La durabilité, en particulier dans une optique écologique, est un thème clé dans les pays développés depuis des années. Les grèves pour le climat de la jeune génération ainsi que les succès des partis verts l’ont à nouveau mis en exergue. La thématique nous préoccupe cependant depuis bien plus longtemps. En tant que prestataires financiers, les banques assument en effet un rôle charnière qui leur permet d’influer sur les développements dans le monde.

À quoi pensez-vous en particulier?

En tant qu’intermédiaire financier, nous avons l’opportunité de déterminer les activités à financer. Il ne tient donc qu’à nous de les guider dans une direction durable.

Les sociétés réaliseront que c’est uniquement en s’orientant sur la durabilité qu’elles bénéficieront de moyens financiers avantageux.

Comment vous y prenez-vous?

Par l’octroi de crédits, nous pouvons privilégier certains secteurs et faire l’impasse sur d’autres. Récemment, nous avons décidé de ne plus financer de nouvelles centrales au charbon. Ou nous accordons des avantages financiers aux entreprises suisses qui optent pour l’assainissement énergétique de leur bâtiment. Nous pouvons encore renforcer cet effet en encourageant les investissements durables dans le domaine de la gestion de fortune.

Engagement UBS en matière de placements et de financement

  • En Suisse, UBS propose à ses clients privés des portefeuilles d’investissement à 100% durables. De par le monde, quelque 5 milliards de francs de fonds de clients sont déjà investis dans ces portefeuilles aujourd’hui.
  • À la fin de l’année 2018, les placements durables représentaient 10% du patrimoine administré par UBS (313 milliards d’USD). UBS a défini des standards exigeants pour le financement des émissions de CO2, incluant l’interdiction mondiale du financement de projets de centrales à charbon. Par ailleurs, les investissements dans les placements respectueux du climat ont augmenté de 18% (par rapport à 2017), atteignant 87,5 milliards d’USD.

Ce concept existe déjà depuis des décennies.

En tant que principal gestionnaire de fortune du pays, nous sommes en mesure d’intensifier encore la tendance. Aujourd’hui déjà, 10% de nos clients investissent selon des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Un chiffre que nous souhaitons accroître considérablement ces prochaines années. Il suffirait que la moitié de nos clients n’investissent plus que dans des entreprises durables pour générer un considérable effet d’imitation. Les sociétés réaliseront que c’est uniquement en orientant progressivement leurs activités sur la durabilité qu’elles bénéficieront de bonnes évaluations et, par conséquent, de moyens financiers avantageux. Cette prise de conscience a bien plus d’impact que les consignes et les interdictions étatiques.

On l’a compris : Durabilité = Résultats financiers.

Selon quels critères ces investissements durables sont-ils conçus?

Il y a quelques années encore, les portefeuilles étaient considérés comme durables dès qu’ils excluaient un certain nombre de branches. Les solutions de placements durables actuelles vont beaucoup plus loin. Nous ne considérons que les entreprises qui répondent aux standards ESG les plus stricts. Nous recourons en outre aux prêts de la Banque mondiale visant à financer des projets d’infrastructure durables, ou nous investissons dans des projets d’impact investing spécifiques qui, outre le rendement financier, doivent aussi faire état de résultats écologiques ou sociaux mesurables.

Dans quelle mesure les entreprises suisses sont-elles durables?

Quelque 80% des entreprises sondées dans notre recensement ont indiqué que la durabilité était importante, voire très importante à leurs yeux. Ce chiffre est d’autant plus surprenant que de nombreuses micro-entreprises, disposant elles-mêmes d’une influence restreinte, ont participé à l’étude. À titre d’exemple: l’influence d’une enseigne de coiffure sur la durabilité est nettement inférieure à celle de la société immobilière qui lui loue les locaux. Pour les grandes entreprises, l’image joue par ailleurs un rôle plus important quand il s’agit de recruter des spécialistes ou gagner des clients. Les sociétés d’une certaine taille cherchent également à éviter les risques de réputation pouvant entraîner des conséquences juridiques et financières. Les entreprises plus petites sont moins sollicitées à cet égard.

Engagements des collaborateurs d’UBS

  • UBS et les membres de son personnel s’engagent depuis des années en faveur de projets de bienfaisance: en Suisse et pour la Suisse – avec une implication personnelle sur place, des partenariats et des donations. Nous soutenons une sélection de projets dans les domaines prioritaires que sont l’éducation et l’entrepreneuriat, ainsi que des activités dans le domaine de l’environnement, des affaires sociales et de la culture.
  • Plus de 4500 collaborateurs UBS – soit plus d’un cinquième de nos employés en Suisse – ont effectué plus de 42 000 heures de bénévolat pour la seule année 2018.

L’air du temps, la demande des clients et l’amélioration de l’image ont été cités comme importantes raisons d’optimiser la durabilité. Peut-on parler de manque de motivation interne à renforcer la durabilité?

L’aspect lucratif à long terme de la durabilité est en train de s’ancrer lentement dans les mœurs. Une grande partie des sociétés suisses commencent à reconnaître que la durabilité écologique peut aller de pair avec les résultats financiers. L’utilisation parcimonieuse des ressources, la réduction du rebut ou le recyclage des déchets permettent également d’économiser des coûts lors de la production.

Les entreprises industrielles mettent l’accent sur la consommation responsable, la production durable et le respect des travailleurs. Quelles priorités spécifiques aux secteurs avez-vous observées?

Il n’y a pas eu de grandes surprises. En rapport avec les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, les entreprises suisses se focalisent sur la consommation responsable, la production durable et la protection du climat, puisque les objectifs de développement fondamentaux ont déjà été atteints dans notre pays. La pauvreté est quasi inexistante, nous disposons d’eau potable en suffisance et vivons en paix. Les résultats seraient vraisemblablement différents dans d’autres régions.

La durabilité doit être véhiculée par le management.

Les objectifs de durabilité écologique sont-ils négligés dans le tertiaire?

De manière générale, la durabilité écologique joue un rôle moindre dans le tertiaire, puisqu’il s’agit d’un secteur dont les activités sollicitent bien moins de ressources que celles des sites de production. Ici, j’estime que le potentiel réside notamment dans la consommation d’énergie.

Source: Intervista, 2019

La durabilité relève souvent de la direction. Est-ce sa place?

L’écologie est du ressort du patron, pourrait-on dire. Cela offre certes des avantages, mais dépend fortement de la taille d’une entreprise. Ainsi, 60% des entreprises sondées emploient jusqu’à dix collaborateurs. Dans ce cas de figure, il est judicieux de confier l’écologie au patron. Dans les grandes sociétés, par contre, le sujet est le fait d’une entité créée à cet effet.

Quelle: Intervista, 2019

Vous avez dit que la durabilité était également profitable économiquement. Peut-on avancer des chiffres?

Cela s’avère très compliqué. Et je n’ai pas connaissance d’études. Il s’avère toutefois que les entreprises agissant de manière durable présentent des performances équivalentes aux autres sociétés, si ce n’est meilleures.

En tant qu’entrepreneur cédant, que puis-je faire pour garantir la pérennité de ma société entre de nouvelles mains?

Le fait qu’une entreprise soit guidée avec succès sur le chemin du futur à l’issue d’une succession dépend de la planification minutieuse et précoce de ce processus. Bien entendu, chaque patron aspire à ce que l’œuvre de sa vie soit perpétuée avec succès et que les valeurs et les visions de la génération actuelle restent ancrées dans la culture d’entreprise. L’expérience a toutefois démontré qu’il est primordial de dissoudre les dépendances trop soutenues face aux personnalités dirigeantes cédantes, de sorte à offrir la marge de manœuvre nécessaire à la nouvelle direction.

À ce titre, dans quelle mesure est-il important d’inscrire la durabilité comme principe obligatoire dans les contrats? Qu’en est-il dans la pratique?

Je pense que les principes et une culture d’entreprise prononcée peuvent en premier lieu être conservés dans l’entreprise grâce au choix minutieux du successeur. Car même couchés sur papier, certains points ne pourront être concrétisés que de façon limitée, en particulier si la nouvelle direction dispose de valeurs diamétralement opposées. Les thèmes comme la durabilité doivent être véhiculés par le management et mis en œuvre quotidiennement.

Engagement UBS en faveur de l’environnement

  • L’énergie électrique consommée par UBS en Suisse est issue à 100% de sources renouvelables. UBS a divisé par deux ses déplacements en avion, passant d’un milliard de kilomètres (2007) à 515 millions de kilomètres (2018). Depuis 2007, la banque compense 100% des émissions.
  • Plus de 60% des clients UBS reçoivent d’ores et déjà leurs documents bancaires par voie électronique.