CIO Essentials - L'actualité des marchés Investir à l’international malgré la solidité du franc

Le franc suisse s’est nettement apprécié ces dernières semaines sur fond d’incertitude géopolitique grandissante, pesant ainsi sur la performance en francs des actions étrangères. Selon nous toutefois, investir à l’international reste néanmoins intéressant. Un portefeuille dépourvu d’actions étrangères passerait en effet à côté de nombre d’opportunités, par exemple dans le domaine de l’intelligence artificielle.

par Alessandro Bee 04 Mar 2026

L’incertitude est de nouveau sur le devant de la scène. Au cours du week-end, Israël et les États-Unis ont lancé une opération militaire contre l’Iran. Le franc suisse s’est nettement apprécié ces dernières semaines sous l’effet de l’augmentation des risques géopolitiques. Ainsi, face au dollar américain, la monnaie helvétique affichait, fin février, un gain de 3% environ depuis le début de l’année et de quelque 15% depuis le début de 2025. Le franc a également gagné du terrain face à l’euro. Il se négociait ainsi à pratiquement à 0,90 pour un euro à fin février, contre 0,93 environ l’an dernier.

L’intervention américaine au Venezuela en début d’année et aujourd’hui en Iran a dopé la demande de monnaies considérées comme refuges. De plus, la politique commerciale protectionniste des États-Unis sape la confiance dans le billet vert, ce qui stimule d’autant la demande pour le franc.

Pour une fois, la cause de l’appréciation de la monnaie helvétique face à l’euro n’est pas liée à l’économie européenne, aux craintes suscitées par la dette publique ou à la politique de la Banque centrale européenne. Elle tient surtout au fait que, de par son statut de monnaie refuge, le franc a davantage bénéficié de l’incertitude actuelle que l’euro.

L’appréciation du franc est une mauvaise nouvelle pour les exportateurs suisses. Aux États-Unis, la Cour suprême a invalidé en partie les droits de douane instaurés par Donald Trump, mais ce dernier s’est immédiatement lancé dans la reconstruction du «mur tarifaire» en en imposant de nouveaux. En Allemagne, l’effet stimulant espéré du plan de relance budgétaire se fait encore attendre. L’appréciation du franc arrive au mauvais moment dans la mesure où elle aggrave une situation déjà difficile.

Les investisseurs souffrent, eux aussi, de la hausse du franc.
Le renforcement du franc incite les investisseurs locaux à réexaminer leurs décisions de placement. Cette appréciation renchérit non seulement le prix des biens exportés par la Suisse, mais elle pèse aussi sur la performance des actions étrangères exprimée en francs. Un franc fort n’a rien d’exceptionnel. C’est même plutôt la norme et il en sera sans doute encore ainsi à l’avenir. Dans ces conditions, faut-il investir à l’étranger, surtout vu l’incertitude qui règne actuellement au niveau mondial? Ne vaudrait-il pas mieux se contenter du marché financier suisse?

Deux arguments sont souvent avancés pour justifier une concentration sur les actifs domestiques. Le premier est que les entreprises suisses offrent le «meilleur des deux mondes». En d’autres termes, elles bénéficient de la dynamique des marchés mondiaux de par leur forte orientation sur l’export tout en évitant à leurs actionnaires d’être directement affectés par la hausse de la monnaie nationale, dans la mesure où leurs actions sont libellées en francs.

Le second argument généralement mis en avant est celui de l’impact de l’appréciation du franc sur la performance relative des actions mondiales. En monnaies locales, ces dernières ont certes tendance à faire mieux que les valeurs helvétiques, mais cette surperformance est fortement grevée, voire entièrement gommée, dès lors que l’on tient compte de la progression du franc. Par exemple, entre 2011 et fin 2025, le MSCI World a affiché une performance annuelle de 11% en monnaies locales, nettement plus élevée que celle de 8% par an dégagée par le MSCI Switzerland sur la même période. Toutefois, lorsqu’elle est exprimée en francs suisses, la performance annuelle du MSCI World retombe à 9%. Si l’on considère uniquement la période 2011-2021 (autrement dit si on laisse de côté la forte performance des valeurs technologiques américaines de ces dernières années), la performance mesurée en francs des actions mondiales est même équivalente à celle des valeurs suisses.

Pour autant, investir sur les marchés mondiaux nous paraît judicieux. Déjà, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Les actions suisses sont effectivement exposées à la dynamique mondiale dans la mesure où les entreprises nationales sont largement exportatrices, mais les bénéfices réalisés à l’étranger sont aussi soumis à un risque de change.

Le secteur de la santé représente 40% de l’indice MSCI Switzerland. La performance du marché helvétique est donc largement tributaire de celle de ce secteur. Et, comme le montre l’analyse historique, une concentration sur ce secteur a souvent porté ses fruits. Mais une telle concentration va à l’encontre de ce que nous préconisons. D’après nous, mieux vaut réduire la dépendance à l’égard d’un titre, d’un secteur ou d’un marché donné et diversifier largement les placements de manière à renforcer la stabilité du portefeuille.

Le marché suisse se distingue aussi par sa quasi-absence d’exposition au secteur technologique. Or, ce dernier a été l’un des principaux moteurs des actions mondiales et il devrait continuer à jouer un rôle clé dans l’économie à l’ère de l’intelligence artificielle. Un portefeuille dépourvu de valeurs étrangères risque donc de passer à côté des opportunités qu’offre la tech. À l’inverse, un portefeuille largement diversifié, non seulement en termes de classes d’actifs, mais aussi de régions et de monnaies, est bien mieux à même de capter ces opportunités.

Le franc suisse n’en demeure pas moins essentiel au sein d’un portefeuille diversifié à l’international. Au même titre que l’or, la diversification ou un horizon de placement long, il peut, selon nous, contribuer à stabiliser les portefeuilles dans un contexte d’incertitude.

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