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Le thème de la prévoyance fait l’objet d’un débat de plus en plus houleux. Une approche moins nuancée des faits permettrait pourtant de rendre la discussion plus objective. Quatre faits et huit chiffres révèlent l’urgence de la situation: si la période de perception des rentes était de près de 13 ans en moyenne lors de l’introduction de l’AVS, en 1948, elle a augmenté à plus de 24 ans pour les personnes atteignant l’âge de la retraite aujourd’hui. Le ratio entre les années de cotisation et les années de versement des rentes a ainsi diminué de 3,4 à 1,8. En d’autres termes: en 1948, une personne âgée de 65 ans pouvait s’attendre à passer 17% de sa vie à la retraite, tandis qu’un nouveau retraité actuel passera, selon les prévisions, 26% de sa vie à la retraite, voire 29% pour une nouvelle retraitée.

Baisse de la prospérité

Aucune société n’est en mesure de venir à bout, à long terme, d’une réduction aussi massive de la période d’activité par rapport à la période d’inactivité sans accuser une baisse de la prospérité – que ce soit sous la forme de rentes réduites pour les retraités ou d’une réduction du niveau de vie pour les générations payantes. Cette dernière option correspond à notre politique actuelle. Diverses approches de solutions sont envisageables pour éviter la baisse progressive de la prospérité de générations payantes: un rapport fixe de 2,0 entre années d’activité et années de retraite pourrait ainsi être défini, c’est-à-dire qu’une valeur-cible constante serait établie pour la part de la retraite sur toute une vie, par exemple un taux de 25%.

Dans les faits, l’AVS promet aujourd’hui aux personnes atteignant l’âge de la retraite des versements supérieurs à ceux qu’ils ont eux-mêmes effectués. À long terme, un tel système de répartition ne peut fonctionner que si les générations suivantes deviennent toujours plus nombreuses et productives ou si leur pouvoir d’achat est réduit en conséquence. Lors de la création de l’AVS, le taux de natalité était d’env. 2,5 enfants par femme. Par conséquent, 6,5 personnes actives par retraité et une cotisation salariale (salarié + employeur) de 4% (8,4% aujourd’hui) suffisaient à financer les rentes. Dans l’intervalle, plus d’un quart des dépenses annuelles liées à l’AVS doivent être couvertes par d’autres sources que l’augmentation substantielle des cotisations salariales. Au lieu d’augmenter continuellement, le taux de natalité est, en effet, en stagnation depuis plus de quarante ans, avec en moyenne 1,5 enfant par femme. À ce rythme, seules 2,5 personnes actives devront financer un retraité d’ici 2030.

En matière de prévoyance professionnelle également, l’augmentation fulgurante de la durée de perception des rentes a été ignorée et les taux de conversion n’ont pas été abaissés pendant bien trop longtemps. À quoi s’ajoute le contexte des intérêts négatifs depuis 2015. Si, pendant de nombreuses années, les Caisses de pension ont pu placer le capital retraite dans des emprunts à 4%, le taux d’intérêt des obligations de la Confédération à un horizon de cinq ans a plongé aujourd’hui à -1%. Si cette évolution était prise en compte dans une comptabilité de Caisse de pension neutre au risque, le taux de conversion correct serait déjà inférieur à 4 aujourd’hui – et non pas de 6,8% actuellement. Cependant, le risque de placement et les intérêts négatifs sont répercutés sur les générations suivantes – alors que les rendements des placements à risque profitent aujourd’hui aux retraités.

Âge de la retraite

L’augmentation de l’âge de la retraite est souvent contrée par la problématique sociétale sensible du chômage après 50 ans. En réalité, la participation active des personnes de plus de 55 ans a continuellement augmenté. D’environ 60% en 1990, elle atteint aujourd’hui un chiffre record de 76%. Il existe donc un groupe important de travailleurs plus âgés qui pourraient contribuer à relever les défis de financement de la prévoyance vieillesse.

Cependant, les personnes sujettes à une activité physique contraignante sur une période prolongée et/ou à très faible revenu présentent une espérance de vie inférieure à celle des universitaires et de ceux qui gagnent mieux. Par ailleurs, cette dernière catégorie entre souvent sur le marché du travail plus tard. Les modèles d’âge de la retraite qui tiennent compte de ces facteurs sont ainsi justifiés et bénéficient d’une large acceptation dans la société. Ainsi, l’âge de la retraite pourrait faire l’objet d’une réduction spécifique au métier ou au secteur (par ex., pour les ouvriers en bâtiment), voire d’une augmentation (par ex., les universitaires). Concrètement, une augmentation de l’âge de la retraite de trois mois pour les universitaires équivaudrait à une hausse d’un mois pour les ouvriers.

En résumé: le débat portant sur l’avenir du système de prévoyance suisse se doit d’être passionné, car le temps presse. Mais les participants à la discussion doivent envisager une remise en question et, surtout, se concentrer sur les faits.

M. Axel P. Lehmann est President Personal & Corporate Banking d’UBS Group SA et President UBS Switzerland depuis janvier 2018. Depuis 2016, il est membre de la direction d’UBS Group SA. De 2009 à 2015, il était membre du conseil d’administration d’UBS Group SA. Auparavant, il était au service de Zurich Insurance Group pendant près de 20 ans, dont les 14 dernières années, en tant que membre de la direction du Groupe.

M. Axel P. Lehmann est titulaire d’un master et d’un doctorat en sciences économiques de l’Université de Saint-Gall et a suivi l’Advanced Management Program de la Wharton School (University of Pennsylvania).

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