L'abécédaire de l'avenir

Andreas M. Walker, futurologue et co-président de swissfuture, brosse, avec une pointe d’humour, un tableau de prévisions – parfois austères – pour l’avenir: de A (comme artificial intelligence) à Z (comme zénitude)

23.04.2014

Futurologue

Andreas M. Walker (48 ans) est coprésident de swissfuture (Société suisse pour des études prospectives). Il a fait ses études à Bâle et à Zurich en histoire, géographie et en langue et littérature allemandes. Lors de sa thèse de doctorat, il a étudié la futurologie et ses méthodes.

Après une carrière auprès de banques – UBS entre autres –, il a fondé weiterdenken.ch, une société de conseil en stratégie. Andreas M. Walker est marié et père de quatre enfants.


comme artificial intelligence (intelligence artificielle)

L’homme programme des machines de façon à ce qu’elles collectent, enregistrent et analysent des données de manière fiable, rapide et économique. Sur la base de ces données, elles déclenchent ensuite des opérations. Ce procédé a simplifié la vie des humains, l’a rendue plus sure et contribué à leur prospérité. En partant de cette constatation, la branche de l’éthique qui s’intéresse à l’avenir soulève trois questions: 1) Le cerveau humain est-il une simple machine biologique? A l’avenir, l’ordinateur au sens technique sera-t-il supérieur à l’ordinateur biologique? 2) Alors que des chercheurs tentent d’améliorer les performances humaines en ayant recours au «human enhancement», les êtres humains souhaitent-ils vraiment optimiser les capacités cérébrales et neurologiques par le biais de l’intelligence artificielle? 3) Quelles machines auront le droit de prendre des décisions? Dans quel domaine? Et au sujet de quelles personnes?

comme building

L’avenir n’est pas le simple fruit d’une imagination virtuelle. Près de 80% de la surface habitable dont disposera la Suisse en 2030 a déjà été construite. Pratiquement aucun autre aspect de la Suisse n’est aussi stable et aussi durable. Nous pouvons donc affirmer que notre culture architecturale définit les limites concrètes et visibles de notre futur – que ce soit en matière d’habitat ou de travail. D’autant plus que les travaux de démantèlement sont extrêmement rares en Suisse et, si c’est le cas, ils interviennent après plusieurs décennies. De quel espace et de quels matériaux disposons-nous pour créer notre habitat? Comment réglons-nous les problèmes de transports, d’approvisionnement en énergie et d’élimination des déchets? Où se situent les écoles, les hôpitaux et les prisons – et comment vit-on dans ces bâtiments? Construire permet à l’homme de satisfaire les besoins de la vie quotidienne – mais il s’agit également d’un investissement responsable qui influence de façon déterminante le quotidien des générations futures.

comme cybernétique

Dans son rapport «Halte à la croissance?», le Club de Rome a instauré l’idée que la Terre est un système fermé qui ne peut croître indéfiniment. Quant aux catastrophes techniques, elles nous ont sensibilisés au fait que les dangers inconnus ou sous-estimés peuvent être beaucoup plus importants que les dangers visibles. C’est la raison pour laquelle, nous tentons depuis une génération de modeler et de contrôler la planète dans son ensemble. Cette façon de procéder nous aidera à déterminer si une intervention peut déclencher des effets secondaires inattendus et une réaction en chaîne dont les dégâts seraient plus importants que le bénéfice escompté. Des experts fournissent un travail incommensurable pour collecter des données et pour établir des liens qui nous permettront d’évaluer les conséquences directes et indirectes des changements effectués. Etant donné que l’informatique nous offre la possibilité d’effectuer des calculs à moindres frais et que nous sommes guidés par une vision technique et matérialiste du monde qui nous entoure, il nous semble possible de recueillir toutes les données, d’établir tous les liens sous-jacents et de les représenter correctement. Les experts et les hommes politiques acceptent l’idée que l’on puisse construire une machine capable d‘effectuer des calculs longs, rapides et complexes pour remplacer le pilote et déterminer ce qui est bon pour l’être humain. Mais peut-être que dans cette société libérale et aux valeurs plurielles nous n’arrivons tout simplement pas déterminer qui doit tenir la barre? Ou, comme l’affirmeraient les partisans du «female shift», quelle femme doit diriger le navire? Ou peut-être que nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord sur l’objectif à suivre? Ou qui doit faire les frais de cette traversée vers le futur?

comme doomsaying (prophétie de malheur)

«Please do not feed the fears» (s’il vous plaît, n’alimentez pas les craintes) – la peur du chaos, de la mort, de la perte totale est l’une des peurs les plus archaïques de l’être humain. Selon les régions, la mémoire collective des Européens est dominée par les tremblements de terre, la peste, les guerres ou d’autres catastrophes. La génération de nos grands- et arrière-grands-parents a vu avec quelle rapidité tout ce qui avait été acquis en Europe au XXe siècle s’est effondré à plusieurs reprises et en l’espace de moins d’un demi-siècle. Les catastrophes nous donnent le frisson, car elles nous interpellent à un niveau existentiel et elles réveillent en nous un instinct primaire: l’instinct de survie. Nous voulons subsister à n’importe quel prix! C’est pourquoi il est si facile de gagner beaucoup d’argent en imposant une vision pessimiste de l’avenir. Certes, aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de jeter un sort pour conjurer ces malédictions, mais la magie des chiffres laisse également des traces. Et dans une civilisation comme la Suisse qui est par essence raisonnable et préventive, personne n’ose faire fi de toutes les mises en garde élaborées scrupuleusement par des experts. Par conséquent, nous aimons à penser que ce que nous réserve l’avenir ne peut qu’être pire. De toute évidence, nous ne sommes pas disposés à tirer les leçons de l’enseignement de Karl Jaspers: «Le désespoir est une défaite anticipée.»

comme évaluation

Nous vivons dans une société libérale bénéficiant de multiples options. Créer et préserver différents degrés de liberté sont des vertus hautement perçues par la société. Mais vivre, investir ou diriger signifie prendre des décisions. Et toute décision repose sur une évaluation: celle-ci doit intervenir avant – pour savoir si les décisions sont en mesure d’atteindre l’objectif fixé, mais aussi après – pour s’assurer que l’objectif a effectivement été atteint. Prendre une décision signifie donc également assumer une responsabilité. Et le cas échéant, nous devons savoir auprès de qui nous devons nous justifier. Cela peut-être notre clientèle, nos partenaires commerciaux, notre société ou les générations futures, c’est-à-dire nos enfants. Plutôt que de nous limiter à des «études d’impact sur l’environnement», nous devrions peut-être envisager de mener des «études d’impact sur nos petits-enfants». Les décisions que nous prenons ont-elles uniquement pour objectif de maximiser notre vie actuelle? Ou sont-elles également en mesure d’assurer un avenir libéral à nos petits-enfants?

comme female shift (féminisation)

Les «Amazones» parviendront-elles bientôt à vaincre la gent masculine tel que l’avait jadis prédit la mythologie grecque? En Europe, la femme n’a pas toujours été perçue comme un être libre et égal en droit. Et encore maintenant, dans certaines contrées, cela n’a rien d’une évidence. Dans plus de 45 pays, les écoles secondaires accueillent à l’heure actuelle davantage de filles que de garçons. En 1980, près de 9% des jeunes femmes et environ 13% des jeunes hommes avaient obtenu la maturité en Suisse; contre 17% des hommes et 23% des femmes aujourd’hui. Autrement dit: 43% des certificats de maturité sont remis à des hommes et 57% à des femmes. Un phénomène qui se traduira par un renforcement du rôle de la femme en politique, dans le monde des affaires et dans la société en général. L’invention de la pilule contraceptive et l’acceptation de la solution du délai par la société ont contribué à ce que les femmes puissent planifier leur carrière professionnelle et leur vie en société – sans devoir se cantonner au rôle de mère biologique. Inversement, les rôles typiquement masculins étaient caractérisés par la force physique. Citons à titre d’exemple les soldats, les chasseurs, les agriculteurs ou les ouvriers du bâtiment. Or, dans le monde du travail, la force physique est de plus en plus reléguée au deuxième plan; elle sera bientôt entièrement déléguée aux machines et aux robots. Même le règlement d’un conflit par des moyens guerriers interviendra de plus en plus grâce à des machines, via le cyberspace et sur le champ de bataille économique. A l’avenir, le monde sera davantage caractérisé par la politique, l’économie, les prestations de service, une orientation client flexible, le sens de la négociation et les compétences linguistiques. Le pouvoir et les tâches ne seront pas répartis de la même façon que dans un monde traditionnel où la force physique et l’agressivité étaient les principaux garants du succès.

comme gender mainstreaming (égalité entre femmes et hommes)

«Quand un homme est-il un homme?» demande le chanteur allemand Herbert Grönemeyer. Si l’on en croit certains courants de pensée, cette question n’est plus politiquement correcte. Et, même si un père sait à quel point cette question est importante pour ses fils; à l’avenir, elle ne se posera même plus. Le concept politique du «gender mainstreaming» englobe plusieurs impulsions, dont certaines sont contradictoires. Il tente de modifier de façon décisive l’image de l’être humain et de la société. Grâce aux développements dans le domaine médical, éthique et culturel, les femmes d’aujourd’hui ne sont plus cantonnées au rôle de mère et d’épouse – un rôle qui leur est attribué en raison de leurs conditions biologiques (on parle ici de «sexe» en référence aux différences biologiques entre les hommes et les femmes). De nos jours, les femmes disposent de nombreuses opportunités pour déterminer elles-mêmes leur rôle dans la société ou en tant que partenaire (on parle ici de «genre»: une catégorie qui est négociable sur le plan culturel). Le «female shift» entraînera d’autres changements majeurs au cours du XXIe siècle. Une question restera cependant sujette à controverses: étant donné que nous vivons dans une époque de liberté, de pluralité de valeurs, dans une époque où la technologie médicale est quasi-illimitée, les spécificités biologiques joueront-elles encore un rôle, et si tel est le cas, dans quelle mesure? Et même si cet archaïsme physique s’avérait insurmontable: pourrons-nous encore marquer cette différence lorsque nous formulerons une question? Y a-t-il vraiment «une» femme et «un» homme ou devons-nous parler de l’être humain? Une problématique controversée sur le plan scientifique et culturel, car outre les questions de morphologie et les caractéristiques sexuelles externes, la discussion porte également sur l’équilibre hormonal, les neurosciences, la reproduction et la religion.

comme human enhancement

Mettre des machines «à jour» et «à niveau» nous paraît couler de source. Tandis que les générations précédentes ont tenté de compenser leurs déficiences physiques à l’aide de lunettes, de cornets acoustiques ou de cannes; pour les générations actuelles, les stimulateurs cardiaques, les prothèses articulaires ou les lentilles artificielles pour soigner les cataractes sont devenus monnaie courante. Tout cela est désormais possible grâce aux immenses progrès réalisés dans le domaine de la médecine et de la technologie des matériaux – notamment en matière de miniaturisation. Il est difficile à l’heure actuelle d’évaluer quels pourront être les progrès futurs et quels investissements seront nécessaires. Quoi qu’il en soit, chacun de nous souhaite vivre mieux, plus longtemps et avec davantage de facilité. Or, quelle sera l’image de l’homme? Ce progrès technique sera-t-il limité par des contraintes biologiques et devrons-nous fixer une frontière éthique? De quelle masse biologique minimale doit être composé l’être humain pour ne pas être assimilé à un cyborg ou à un androïde? Avons-nous le droit de construire un robot et de lui greffer un cerveau humain? A l’heure de l’intelligence artificielle, avons-nous encore réellement besoin de cerveaux humains?

comme insectes

Curieusement, nombreux sont ceux qui estiment que, dans un avenir lointain, la race humaine est en voie d’extinction. Les raisons invoquées sont multiples: une troisième guerre mondiale, une catastrophe nucléaire, le changement climatique ou l’apparition d’une nouvelle maladie infectieuse. En suivant leur raisonnement, les insectes constitueront le couronnement de la création de cette ère posthumaine. Cette vision serait-elle induite par une consommation excessive de science-fiction, sachant que la physionomie des extraterrestres s’apparente souvent à celle des insectes. Si dans la mythologie européenne, cette conception est inconnue, les sociétés agraires, en revanche, considèrent les insectes comme des ennemis qu’elles exterminent en masse à l’aide de pesticides depuis le XXe siècle. Etrange phénomène, puisqu’il existe des micro-organismes pratiquement invisibles et dont la taille est infiniment plus petite que celle des insectes qui sont porteurs de maladies infectieuses pouvant s’avérer mortelles pour l’homme.

comme Japon

Malgré la mondialisation des secteurs de la consommation, des vacances, des affaires, peu d’Européens sont en mesure de faire la différence entre les Japonais, les Chinois et les Sud-Coréens, de différencier les différentes cultures et religions asiatiques ou de nommer les systèmes économiques en vigueur dans ces pays. Inversement, les différences entre la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche nous paraissent énormes, voire importantes à souligner. Comme il nous paraît essentiel de ne pas confondre la Suisse et la Suède. Or, toutes les prévisions en matière d’économie et de sécurité sont unanimes sur un point: l’Asie joue un rôle de plus en plus important. Est-ce que l’énergie qui se dégage de cette croissance sera consacrée à l’avancée économique, sera-t-elle absorbée par un conflit intra-asiatique concernant la répartition des ressources ou sera-t-elle gaspillée sous forme d’une guerre civile où la Chine et l’Inde – deux gigantesques pays dotés de structures très hétérogènes – affirmeront leur suprématie? Ces scénarios très contrastés auront des incidences différentes sur l’économie mondiale. En ce qui concerne le Japon, l’image que nous avons de ce pays est très stéréotypée. Ce petit pays qu’on appelle le Japon, ne se cache-t-il pas derrière ce pays gigantesque qu’est la Chine? Nous nous souvenons vaguement des principes du kaizen qui ont connu un immense succès lors des années 1980. Depuis, l’indice boursier Nikkei a perdu les trois-quarts de sa valeur de l’époque. Poussés par notre environnement urbain et par notre appétit économique insatiable, nous recherchons parfois la paix intérieure et la détente en pratiquant des exercices de zen parce que nous ignorons les histoires liées aux des Pères du désert et la mystique chrétienne. En tout état de cause, nous souhaitons être ouverts à d’autres formes de spiritualité, mais en aucun cas adhérer à une religion. Ce faisant, nous oublions facilement l’impact de ces principes sur la culture des jeunes et du divertissement – notamment dans le domaine des jeux vidéo et des mangas. Car c’est ici que la représentation de l’homme subit un grand changement – un changement qui, dans l’espace culturel européen, ne nous est pas familier. Quiconque évolue de nos jours dans ces mondes virtuels et fantastiques, accepte communément la présence de créatures hybrides – qu’il s’agisse d’un homme-animal, d’un homme-démon ou d’un homme-robot. Pouvoir déterminer l’identité humaine et savoir quelles caractéristiques différencient l’homme d’autres créatures sont deux thèmes sur lesquels se sont penchées la philosophie et la théologie européenne pendant des milliers d’années. Ici, nous rencontrons sans que cela ne nous paraisse étrange des identités nouvelles, entièrement recréées. Il n’est donc pas surprenant que la société japonaise accepte ouvertement et de manière aussi directe l’idée de recourir à l’amélioration humaine, à l’intelligence artificielle et à des robots pour nous aider et nous soutenir dans notre quotidien ou dans nos tâches ménagères. Ces robots interviennent dans l’industrie automobile, assistent les personnes âgées ou adoptent l’apparence humaine pour servir de jouet sexuel. Mais peut-être que nous devrions davantage nous intéresser au Japon, car ce pays bénéficie de plusieurs dizaines d’années d’expérience avec l’urbanisation, les transports publics et une population à faible natalité et où les personnes âgées vivent toujours plus longtemps.

comme knockout

L’avenir, c’est la vie, et de ce fait, il est soumis à un processus dynamique. Dans un pays individualiste qui s’est doté d’un système de valeurs pluralistes comme en Suisse, chacun a le droit de satisfaire ses propres aspirations. Une culture tolérante et libérale n’admet pas de frontières ou de lois rigides. Or, sachant que nous avons actuellement une seule planète à disposition, comment devons-nous procéder pour nous forger un avenir commun – sans sombrer dans le chaos et l’anarchie ou dans une nouvelle forme de dictature? Préparer l’avenir, c’est également rétablir un ordre dans un environnement où se côtoient des attentes contradictoires. Cela signifie aussi que nous devons trouver des structures qui permettront à la société du futur de s’épanouir dans le respect de la liberté et sans devoir supporter le joug du despotisme. D’anciens écrits religieux orientaux nous rapportent qu’avant sa genèse, la terre n’était qu’un gigantesque tohu-bohu. Toutefois, le chaos ne peut jamais être le but ultime d’une société influencée par une éducation bourgeoise. Nous avons donc recours à la cybernétique pour modéliser et contrôler le monde de manière ciblée.

comme LOHAS

Les «Lifestyles of Health and Sustainability» (modes de vie misant sur la santé et la durabilité), dont les adeptes se situent en majorité dans la génération «50 ans et plus», sont un mode vie qui gagne de plus en plus d’importance Europe – que ce soit en tant que segment de clients ou d’acheteurs ou de pouvoir politique. Arrivés à une phase de la vie où le zénith de leur carrière appartient au passé, où la plupart des besoins matériels semblent satisfaits, que l’agressivité hormonale et les ambitions démesurées sont reléguées au deuxième plan, les adeptes des LOHAS s’intéressent en particulier aux concepts de la santé, de la responsabilité, de la prise de conscience et de la durabilité. Dans une culture de la longévité, la période de la retraite avoisine les 30 ans et dure donc plus longtemps que l’enfance, la jeunesse et l’adolescence prises comme un tout. De ce fait, les LOHAS ont tout le temps de réfléchir au sens de la vie et à ce qu’ils laisseront à la société et aux générations futures. Les membres d’une société prospère et stable en matière de sécurité sont de plus en plus enclins à investir l’épargne accumulée non seulement de façon rentable, mais aussi en fonction du bon sens – en d’autres termes, de ne pas consommer uniquement en fonction de ses envies, mais en donnant un sens à ses dépenses. Autrefois, on aurait pu résumer la devise des LOHAS ainsi: «Mène une vie saine et fais preuve de bonté». Pour la recherche et le développement de nouveaux produits et de nouveaux services, en particulier dans les domaines de la santé, de la mobilité, des énergies nouvelles et de l’équité sociale à travers le monde, le respect de ces principes génère d’importantes sources de financement. Sur le fond, il s’agit d’une forme particulière de mécénat: les partisans des LOHAS consomment des produits et des services non marchands, car ils souhaitent soutenir l’idée véhiculée par ces produits. Ainsi, ils permettent à des innovations judicieuses de voir le jour – dans l’espoir que ces innovations pourront améliorer l’avenir de la Terre entière.

comme migration

L’être humain a toujours eu besoin d’un port d’attache patriotique, pourtant il n’en est pas moins un voyageur, un nomade – et de toute évidence, il le restera – qu’il s’agisse des pendulaires qui migrent à certains moments de la journée ou des «migrants de loisirs» qui se déplacent durant un week-end ou pendant leurs vacances, d’individus qui ne souhaitent pas passer leur vie sur la terre de leurs aïeux et qui cherchent le pays de leur avenir, ou bien de barbares qui, durant les grands mouvements migratoires de l’antiquité, chassèrent les Romains en proie à la décadence. De nos jours, certains semblent craindre que les Africains et les Asiatiques itinérants ne prennent la place des Européens décadents. Ces flux occasionnent du changement – ainsi que du stress et une nécessité absolue de communiquer – pour ceux qui restent sur leurs terres d’origine et qui se sentent provoqué par les étrangers, et pour ceux qui, pour une raison ou pour une autre, quittent leur pays à la rechercher d’une nouvelle une patrie. Pour un très grand nombre de personnes, le simple fait de quitter sa banque bâloise pour ouvrir un compte à Zurich constitue déjà un pas énorme.

comme nanotechnologie

La nanotechnologie est l’un des mots tendance synonyme de progrès. De progrès technique qui suscite bon nombre de controverses et d’émotions. Les avancées dans le domaine de la technologie des matériaux constituent l’un des principaux moteurs du progrès dans notre société et ont fortement contribué à notre sécurité et à notre confort. Or, le progrès implique toujours un changement et une  confrontation avec de nouvelles idées. Le progrès signifie se détourner de la nature et l’instauration d’une culture qui se base sur le principe qu’en fin de compte personne ne souhaite vraiment ce «retour à la nature». Ne serait-ce que pour se reposer dans un environnement calme, fleuri, plein de papillons, qui voudrait vraiment d’un réel retour à la nature? J’entends pas là un retour à l’âge de pierre, quand nous portions encore des vêtements en fourrure, que nous fabriquions du feu en frappant des pierres l’une contre l’autre et que le cannibalisme n’était pas tabou, mais l’expression de valeurs codifiées. Bien sûr, personne ne prône une solution aussi extrême. Mais, en principe, il n’est question que d’une chose: de la peur de tout ce qui est nouveau, artificiel et créé par l’être humain, de tout ce dont nous ne pouvons pas évaluer les effets et les risques, car nous ne disposons pas de l’expérience nécessaire. L’un des aspects majeurs du progrès technologique est la minimalisation, et ce, jusqu’à l’invisibilité. «Nanos» signifie nain en grec. Un nanomètre équivaut à un milliardième de mètre. Par conséquent, il est environ 2000 fois plus fin qu’un cheveu. En raison de leur taille minuscule, les nanomatériaux synthétiques sont dotés de nouvelles propriétés et fonctions. Etant donné que la société humaine ne dispose d’aucune expérience avec ces «objets miniatures», tout ce qui est lié nous paraît pratiquement inconcevable. Ces nouveaux matériaux synthétiques sont-ils vraiment sans danger pour l’homme et pour son environnement? Les progrès de la nanotechnologie offrent des opportunités considérables, en particulier dans les domaines de la médecine, de la nutrition, du traitement des déchets et de l’environnement. C’est trop beau pour être vrai, si l’on pense que la génération de nos grands-parents s’attendait à de mêmes miracles inoffensifs à l’idée d’exploiter la technologie nucléaire. Le meilleur moyen d’enrayer la peur des nouvelles technologies serait de susciter un débat public entre les acteurs du monde scientifique, industriel et social.

comme oracle

L’avenir est inconnu. Les puissants, eux aussi, redoutent l’inconnu, car il comporte des risques difficiles à évaluer. Par conséquent, nous essayons d’évaluer des risques à l’aide de méthodes plus ou moins rationnelles. De mémoire d’homme, la croyance persiste qu’il existe des dieux, dont l’action et le savoir sont indépendants du temps. Ainsi, les dieux voyagent quasiment dans le temps ou du moins, ils le maîtrisent. Et il existe également des gens qui croient que les dieux partagent ce savoir avec les hommes – par l’intermédiaire de prophètes, de chamans et de voyants ou à par l’entremise du célèbre oracle de Delphes. C’était le cas pour des rois grecs comme Alexandre le Grand, Crésus et Pyrrhus qui le consultèrent jadis.

comme propriété intellectuelle

Dans une société qui fait la part belle à une conception économique du monde, les brevets occupent une place existentielle. En effet, ils garantissent le droit exclusif d’exploiter une invention à son propre compte ou de permettre, voire d’interdire à d’autres de la commercialiser. Dans un monde où la quête d’innovation et d’amélioration est l’une des plus grandes vertus, les brevets ont pour but d’assurer les fondements économiques de cette appétence. Quiconque finance la recherche et le développement a le droit de percevoir une rémunération idoine. Si nous étions des agriculteurs, nous dirions: «Seul celui qui a semé a le droit de récolter.» Seul celui qui a planté l’arbre a le droit de récolter les pommes. A l’image de ces pommes, nous pouvons aujourd’hui comprendre pourquoi ce principe est en danger: de nombreux arbres ont en effet été plantés par nos prédécesseurs. Alors, pourquoi la postérité tout entière ne pourrait-elle pas profiter de ses fruits? Subtiliser un peu de nourriture ne peut pas être qualifié de vol. Je me promène un dimanche, soudainement je suis pris par la faim, il n’y a pas de magasin à proximité et il reste encore suffisamment de pommes sur cet arbre dont une est suspendue au-dessus de la voie publique. Et puis zut! Face à cette dynamique qui opère dans l’espace virtuel, il n’est guère possible de protéger la propriété intellectuelle. Un morceau de musique, un film, une photographie, une idée commerciale, un plan de construction – l’espace cybernétique est un espace public. Par conséquent, l’ensemble des utilisateurs se sert – sans se poser de question. Autrefois, on appelait cale la «propriété collective». Le titulaire du brevet est libre de conserver son titre – mais dans le cyberespace, je veux pouvoir m’en servir gratuitement, comme bon me semble. Du point de vue de l’économie de marché libérale, une telle conception de la propriété pourrait s’apparenter au «doomsaying» (voir à la lettre D).

comme Quorn

La faim a toujours été l’un des plus grands problèmes de l’humanité. Selon l’ONU, plus de 800 millions de personnes en souffrent aujourd’hui. Quorn est le symbole d’une alimentation fabriquée de façon industrielle. Il s’agit d’un mycélium de moisissure, riche en protéines, faible en cholestérol, qui a été enrichi en vitamines et en minéraux, puis transformé en substitut carné végétarien. Les Suisses ont des exigences élevées en matière de nourriture. Un aliment doit avant tout être sain, naturel, esthétique et typiquement suisse. Il peut aussi être exotique, avec un arrière-goût de vacances. Il est clair que l’être humain n’est pas une machine biologique qui conçoit l’absorption de nourriture de façon purement fonctionnelle comme un simple ravitaillement. La nourriture a une importance culturelle et sociale et parfois elle est même dotée d’une composante religieuse. Partir ensemble à la chasse ou à la récolte, cuisiner et manger ensemble jouent un rôle central dans la société; ils évoquent en nous le bon vieux temps. Ainsi, «C’est aussi bon que chez grand-maman» est probablement l’une des plus hautes distinctions culinaires en Suisse. Quoi qu’il en soit, la restauration rapide a su se tailler une place de choix dans notre régime alimentaire. Du moment que ces plats ont l’apparence, l’odeur et le goût de ce que nous assimilons à de la nourriture... La nourriture des astronautes, en revanche, n’a guère de fervents si ce n’est dans les capsules spatiales et lors de fêtes d’anniversaire pour enfants. Cependant, d’autres types d’évolutions influenceront nos habitudes alimentaires. Les LOHAS (voir à la lettre L) attachent certes beaucoup d’importance à une alimentation naturelle, saine et authentique, mais nous sommes prêts à débourser plus pour un plat si nous pouvons y associer une région susceptible de lui apporter ses lettres de noblesse, voire de lui accorder le statut d’un travail artisanal. Mais au niveau mondial, la nourriture est une ressource trop importante pour qu’elle reste confinée dans notre conception traditionaliste. Il en va de même lorsque, dans un souci d’équité sociale dans le monde, nous commençons à effectuer des bilans intégraux dans le domaine des ressources, des transports, de l’énergie, des émanations de CO2 pour la fabrication de nos aliments. Ce thème est d’ailleurs déjà abordé dans les écoles. La responsabilité éthique et la pénurie financière nous rendent sans doute plus réceptifs à l’égard de nouveaux matériaux ou amalgames – par exemple à l’égard de restes de viande et de poisson avec lesquels nous nourrissons aujourd’hui les animaux, ou à l’égard des insectes que l’on consomme à l’heure actuelle en Asie et en Afrique. Ces conceptions seraient tout à fait dans le respect des traditions, attendu que jadis la majorité des Européens se nourrissaient de bouillie et de ragoûts. Le principal est que les aliments conservent l’apparence, l’odeur et le goût de ce que nous associons aujourd’hui à la nourriture – à tout le moins pour les hamburgers, les bâtonnets de poissons panés et les raviolis en boîte.

comme ressources

Ressources – ce mot en apparence technique englobe toutes les conditions nécessaires à la vie. Le sens originel du terme se réfère également à l’exploitation de sources. Et tout progrès a toujours été accompagné du déploiement de nouvelles sources ou d’une utilisation plus rentable et plus efficace de ces sources. Dans bien des cas, le progrès technique résulte d’une pénurie ou d’une limitation d’un bien. Le progrès traduit la volonté de vouloir surmonter ces limites, plutôt que de renoncer ou de se restreindre quant à l’utilisation des biens en question. La biographie personnelle d’un être humain, mais aussi l’histoire de la société humaine nous montre que l’homme a toujours été exposé à des limites et qu’il a tenté de les surpasser. L’humanité est capable de progresser et elle est en mesure de trouver de nouvelles solutions face à de nouveaux défis. Si certaines prévisions ne se sont pas vérifiées, c’est parce que de nouvelles solutions ont été développées. Jamais auparavant autant de personnes n’ont souhaité exploiter les mêmes ressources, la prochaine génération devra donc trouver d’autres moyens et des solutions. Jusqu’à maintenant, aucune société n’a estimé qu’il était naturel de disposer de ressources à moindre prix et quand bon lui semble. Pour l’instant, le renoncement n’est pas option acceptable aux yeux de la société. Par conséquent, certains s’efforcent de trouver de nouveaux moyens et de nouvelles solutions pour contrôler des ressources limitées. Tout au long de l’histoire, les grandes puissances se sont succédé. Dès qu’elles avaient atteint une prospérité quasi-illimitée, elles n’avaient guère la motivation de relever de nouveaux défis. Elles sombrèrent alors dans la décadence et furent renversées par des puissances émergentes. C’est ainsi que l’Europe alimente depuis une génération la peur envers l’islam et l’Asie. D’ailleurs, l’histoire mondiale a connu des précédents. La Chine se place en position stratégique pouvoir contrôler les ressources futures. Elle se positionne directement dans des pays africains qui disposent de matières premières nécessaires dans la technologie de pointe. Elle investit dans les installations de transport et d’infrastructure – depuis peu, également en Afrique. Elle rachète systématiquement des brevets dans les domaines des technologies de l’environnement et des énergies de substitution. En Suisse, nous savons depuis des siècles que nous ne disposons pas de ressources naturelles. Et que notre puissance militaire est insuffisante pour pouvoir accéder à d’autres ressources naturelles par la force. C’est pourquoi, il est typiquement suisse d’acquérir des compétences spécifiques dans son propre pays: dans le traitement des ressources naturelles renouvelables, dans le commerce et dans le transport de ressources dans des conditions difficiles, dans le développement de relations et de capacités humaines en tant que ressources… humaines.

comme sacrifice

Dans une société axée sur la maximisation de la croissance, de la richesse et de la consommation, plus personne n’est en mesure de cerner le concept propre au mot «renoncement». En particulier en présence d’une génération d’après-guerre qui associe ce terme à la faim et à la privation, deux situations qu’elle ne souhaite en aucun cas voir se renouveler. Et d’une génération postreligieuse et n’a jamais accepté des concepts tels que le jeûne ou la mortification. Une société qui appelle de ses vœux à une reconnaissance de droits de façon globale, sans devoir accorder de contribution préalable ou de contrepartie, une société qui conçoit le bonheur comme la satisfaction maximale du désir et des besoins ne peut, elle non plus, assimiler des concepts liés au travail, au devoir et aux vertus. Dans un monde dominé par l’économie, la pénurie est un phénomène qui a des répercussions sur la structure des prix, sur la création de segments de clientèle et sur des produits dont le prix et la qualité sont adaptés en conséquence. Dans un monde hautement technique, une telle définition nous pousse à encourager l’innovation, à accroître notre efficacité ou à substituer des matériaux et des sources d’énergie. Mais renoncer? Jamais! Certainement pas si le terme «renoncer» implique l’abstinence et l’abnégation de ses propres besoins. Notre futur concept en matière de renonciation nous permettra peut-être de trouver une réponse à cette gloutonnerie, à ce péché mortel qui est régulièrement mis en avant par l’éthique économique protestante. Car cette gloutonnerie est non seulement le signe de la prospérité et de la satisfaction, mais aussi la manifestation d’une démesure égoïste et d’un gaspillage éhonté. Peut-être qu’à l’avenir nous opterons sciemment pour plus de retenue afin que d’autres puissent profiter de cette abondance? Ou alors nous serons amenés à réévaluer nos priorités en accordant autant d’importance aux aspects sociaux et psychologiques qu’aux aspects matériels.

comme think tank

Une anecdote nous raconte l’histoire de trois généraux – américain, britannique et français – qui se seraient rencontrés dans un char d’assaut (tank) pour planifier (think) ensemble leur prochaine attaque contre l’armée allemande. Dans cet endroit, ils étaient en sécurité – ni l’ennemi ni les subordonnés ni les médias ni les politiciens ne pouvaient les espionner ou les déranger durant la mise au point de leur stratégie. Confinés dans cet espace restreint, chaque haut-gradé pouvait sentir la transpiration des deux autres, et le processus de réflexion et de discussion intensives les souda en vue de déterminer la stratégie commune. Le milliardaire américain Charlie Munger a dit: «Le seul moyen de minimiser les risques est de réfléchir.» Où les dirigeants trouvent-ils la place, le temps et les personnes de confiance pour mener ensemble une réflexion?

comme urbanisation

Sodome et Gomorrhe, ou la Jérusalem céleste? Depuis des milliers d’années, les grandes villes ont un caractère ambivalent: pour les uns, elles sont la concentration du vice et du crime. Quant aux autres, qui espèrent échapper à l’étroitesse de leur village et faire de nouvelles connaissances, ils espèrent que l’urbanité les rendra plus libres et les mènera vers le chemin de la prospérité. De nos jours, plus de 50% de la population mondiale vit d’ores et déjà en zone urbaine. L’ONU estime que d’ici 2050 plus de 70% de la population mondiale vivra dans des mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants. Au XIXe siècle, l’industrialisation avait elle aussi attiré des millions de personnes dans les métropoles européennes. Comment construire une grande ville avec une dimension humaine sera l’un des thèmes majeurs de l’agenda mondial.

comme viabilité

Hanns Carl von Carlowitz, administrateur de mines saxon et originaire des monts Métallifères, s’est-il douté que son principe de «durabilité» rencontrerait un jour un succès planétaire? Pourtant, ledit principe est très simple: le père plante les arbres, le fils en prend soin et le petit-fils abat les arbres en question. En fait, ce cheminement illustre notre idéal économique actuel: je renonce à réaliser des gains à court terme pour investir aujourd’hui dans l’avenir et offrir un rendement à mes descendants. Tout comme mes ancêtres qui ont procédé à des investissements pour viabiliser mon quotidien. Mais pourquoi ces idéaux seraient-ils contraires? Le fondement de cette réflexion n’est pas de glorifier les bouclements trimestriels, mais d’anticiper sur plusieurs générations. Pour cela, nous avons besoin d’une éthique dont l’objectif n’est pas de maximiser notre quotidien, mais l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.

comme wild card (carte joker)

La vie, et en particulier l’avenir, renferme bien des surprises. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous prémunir contre toutes les éventualités. Au Monopoly, il existe deux types de «wild cards/cartes joker» (événements rares à forte répercussion): «Allez à la case départ – double bonus» et «Allez en prison». Quels sont les changements que nous pouvons reconnaître et influencer? Et où se situe notre angle mort? Malgré toutes les mesures de planifications et de précaution, nous devons maintenir une certaine flexibilité pour trouver des solutions et agir au cas où les choses ne se dérouleraient pas comme prévu. Et nous devons également savoir à qui nous pouvons demander de l’aide.

comme jour X

La mythologie grecque avait trois concepts pour définir le temps: le jour en tant que présent immédiat, le «Chronos» qui se référait à une période plus longue et le «Kairos», un moment opportun au sens philosophico-religieux pour prendre une décision et dont l’action qui y est rattachée doit être accomplie «à temps». Depuis l’utilisation des armes de destruction massive et les dommages induits par la technologie humaine, il existe un quatrième concept pour déterminer le temps: la peur du jour X – un jour dont nous ne connaissons pas encore la date. Les adeptes du «doomsaying» entonnent inlassablement la même ritournelle: l’avenir comporte des risques, la vie est dangereuse. Nous ne savons pas encore quand la fin du monde arrivera, mais une chose est sûre: un jour, elle sera là. Eclairée et instruite, notre société a certes refusé d’admettre une théorie concrète quant aux commencements du monde, mais les nombreuses visions de la fin du monde sont, elles, bien concrètes. Ou du moins, celles qui concernent l’extinction de l’humanité, survenue de grandes catastrophes provoquées par l’homme et qui altèreront à jamais la qualité de la vie et le fonctionnement de la société humaine. Ou encore le jour où l’économie mondiale s’écroulera. Le jour où l’euro s’effondrera. Le jour où l’islam imposera son hégémonie en Europe, puisque l’Union soviétique ne l’a pas fait. L’humanité sait que l’on peut survivre aux guerres, à la peste, aux tremblements de terre – mais le jour X va changer la face du monde. Le Jour J marque la mort de nombreux soldats et le début de la libération de l’Europe. Le concept biblique de l’apocalypse englobait à la fois la bataille d’Armageddon ainsi que la fin subséquente des péchés, de la mort et du diable. Pourquoi alors associons-nous toujours le jour X à un avenir ténébreux?

comme génération Y

«Génération Y» est le nom donné à la génération actuelle de jeunes adultes nés après les baby-boomers (environ entre 1945 à 1965) et la génération X (fin des années 1960 et début des années 1980). La plupart d’entre eux a commencé à travailler il y a quelques années à la suite d’une période de formation dans l’enseignement supérieur et de séjours à l’étranger. Jadis, un adulte de 30 ans était plus ou moins considéré comme mature et avait fréquemment déjà assumé des responsabilités familiales. Pour la génération actuelle, un haut niveau de formation, une mobilité globale, l’utilisation d’Internet et des technologies de communication, la pluralité des valeurs, l’individualisme et la société multi-options sont des aspects qui vont de soi. La lutte pour la survie n’étant plus un problème, le niveau de vie sur le plan médical et matériel étant assuré, cette génération semble attacher une importance toute particulière au sens de la vie, à un réseau de connaissances qu’elle s’est forgée elle-même et au travail en équipe. La profession n’est pas un instrument unidimensionnel, un «job» qui permettrait de gagner de l’argent et de faire carrière; il est, comme autrefois, le reflet d’une «vocation». Cette perspective est réjouissante, car cette génération vivra sur cette planète pendant les 50 prochaines années, si ce n’est plus longtemps.

comme zénitude

Selon un dicton lapon: «Si le chasseur perd espoir, il n’y aura pas de butin.» La confiance, l’optimisme et l’espoir sont des conceptions de l’avenir vilipendées dans l’espace culturel germanophone d’Europe centrale. Elles sont considérées comme la simple manifestation d’une émotion et ne seraient pas à prendre au sérieux. Nous préférons accorder notre attention à des instruments tels que des baromètres des préoccupations ou des craintes, nous avons une prédilection pour les mesures de précaution ou de prévention plutôt que de nous en remettre à des vertus sociales largement partagées. Les sociologues américains attestent certes de l’existence d’une «German angst», un phénomène unique au monde, mais rares sont ceux qui, dans nos latitudes, mènent une réflexion autocritique sur cette conception de la vie ou qui tentent d’établir une séparation entre la crainte, voire la peur réellement fondée et une simple anxiété ou entre un chagrin et un souci. Un expert allemand pourrait immédiatement nous expliquer ces différences importantes avec un vocabulaire adéquat à l’appui. Or, dans notre zone linguistique et dans notre espace de réflexion, nous ne les comprenons pas vraiment et nous ne les utilisons guère. Compte tenu de l’éducation que nous devons fournir à nos enfants et de la motivation que nous devons susciter auprès des jeunes entrant sur le marché du travail, seules deux questions devraient se trouver au centre de nos préoccupations: souhaitons-nous vraiment découvrir le futur? Ou souhaitons-nous conserver l’instant présent?
Le futur nous ouvre-t-il de nouvelles voies? Ou courrons-nous le risque de mettre en péril nos positions actuelles et nos acquis? Selon le baromètre de l’espoir de swissfuture, les cadres, les dirigeants, les hommes politiques et les curés ne sont pas considérés comme des partenaires porteurs d’espoir. Cela n’a rien de surprenant. Mais comment voulons-nous nous montrer innovants et dynamiques si nous faisons preuve de pessimisme?