En route vers une voiture sans pilote !

Bientôt, nos voitures se déplaceront de manière autonome et sans consommer d'essence, prédit Frank M. Rinderknecht, expert de l'industrie automobile. Quels obstacles reste-t-il encore à surmonter ?

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21.01.2014, Ueli Bischof (texte) et Gregory Gilbert-Lodge (illustrations)

Frank M. Rinderknecht, en 2050, serons-nous capables de nous téléporter ?
Non. Pour cela, il nous faudrait cloner nos molécules et les reconstituer, ce qui serait un vrai casse-tête. Nous ne pourrons jamais nous téléporter, mais nous déplacer de façon automatisée et à l'aide d'énergies renouvelables, si !

Comment le savez-vous ?
Un jour, les énergies fossiles seront épuisées. De plus, du fait que le bien-être augmente au niveau mondial, posséder sa propre voiture suit cette évolution. Si, dans le monde, la densité du trafic était aussi élevée qu'en Occident, le parc automobile serait dix fois plus important. Où trouver l'énergie nécessaire ? Et les matières premières ? Les technologies de propulsion et l'utilisation des ressources doivent changer.

La solution, ce sont les voitures électriques ?
Actuellement, les gros constructeurs misent sur elles. Mais n'utiliserons-nous pas, un jour, des énergies renouvelables encore insoupçonnées ? Il y a dix ans, jamais nous n'aurions imaginé le smartphone.

Les centrales électriques n'auront-elles pas atteint leurs limites en termes de capacité ?
Loin s'en faut, car ces véhicules ont un atout : ils stockent l'énergie. Ils pourraient ainsi résoudre un des défis qui se posent lors de la production d'électricité. Notre réseau électrique produit du courant pour répondre à des pics diurnes. La nuit, l'électricité produite est trop élevée ; seules les centrales de pompage sont en mesure de la stocker sous forme d'eau. Dans un réseau électrique intelligent, les batteries de ces voitures électriques serviront d'accumulateurs pour stocker l'électricité. La nuit, votre voiture s'approvisionnera en courant à tarif réduit, que vous revendrez le jour à plein tarif. C'est un moyen de gagner de l'argent ! VW, entre autres, à déjà lancé un projet de ce genre.

Certains constructeurs travaillent sur des voitures sans pilote …
Ceci est déjà une réalité. Mercedes et Audi construisent des véhicules qui suivent les délimitations, gardent leur distance, accélèrent et freinent en toute autonomie. En 2020, la conduite sera entièrement automatisée. Sur le trajet de Lausanne à Zurich, nous pourrons dormir, manger, discuter et travailler à notre guise.

Quelles sont les difficultés résiduelles ?
Des questions légales doivent être clarifiées. La technique est moins faillible que l'être humain, mais il reste un problème à résoudre : celui de la responsabilité. Et les nouvelles technologies doivent convaincre les conducteurs. La conduite automatisée s'appliquera d'abord aux longues distances.

Ces technologies seront-elles viables d'un point de vue économique ?
Oui. Les particuliers souhaitent se déplacer de manière individualisée et les énergies renouvelables sont à portée de main. L'automatisation est une évolution logique de l'extension des réseaux électroniques. Ainsi, des sociétés telles que Google, a priori étrangères à cette activité, s'y intéressent également.

Aujourd'hui, les voitures électriques sont subventionnées. Faut-il s'attendre à une « bulle » ?
Non, je ne crois pas. Initialement, toute nouvelle technologie est onéreuse. En 2013, le prix de la Golf électrique est plus élevé que celui de la version essence. Les subventions permettent de stimuler ce marché. Sont-elles justifiées sur le plan politique ? Je ne suis pas le bon interlocuteur...

Les routes suisses sont congestionnées, les trains bondés …
… Ce problème prend de plus en plus d'ampleur ! La cause : nous considérons que la mobilité est un droit fondamental. Il y a sept ans, la Suisse comptait sept millions d'habitants ; dans sept ans, elle en recensera neuf millions. Cela correspond à une hausse de 30 % et donc à une augmentation de la mobilité de 30 %. Combien de routes nationales et de tracés ferroviaires allons-nous construire ? Zéro. La conséquence : des sièges seront démontés dans les trains et nous resterons en rade. Les e-bikes, les péages urbains ou des postes de travail mobiles constituent des solutions possibles. En fait, les gens souhaitent tout en même temps : se déplacer, de l'électricité propre, de bas tarifs. Cela n'est pas possible.

Allons-nous devoir changer ?
Peut-être plus vite que nous ne le pensons. Le « 11 septembre 2001 » et Fukushima ont démontré la volatilité du monde. Un conflit au Proche-Orient peut doubler le prix du pétrole en l'espace d'une semaine. Le prix de l'essence ferait alors un bond, de 1.80 franc à 3 ou 4 francs. L'être humain devra alors s'adapter. L'espace disponible va diminuer et les énergies renouvelables vont s'apprécier. Les entrepreneurs, eux, s'efforcent d'anticiper.

Votre entreprise a présenté, en 2001, la première voiture au biogaz.
En l'an 2000, Bugatti a commercialisé une voiture de 1001 CV. Notre souhaitons innover, mais lancer une voiture de 1002 CV aurait été inutile. D'où notre choix du biogaz. Nous sommes devenus l'un des pionniers de la mobilité « durable ». En 2008, nous avons cédé notre activité « tuning ». Aujourd'hui, nous conseillons l'industrie automobile en matière de développement durable. Je ne regrette pas cette reconversion !

La Suisse encourage la mobilité

Avec sa société Rinspeed, Frank M. Rinderknecht contribue à concilier mobilité et développement durables. Au cours de l'histoire, d'autres innovations suisses ont, elles aussi, facilité la mobilité. Quelques exemples :

1774 Télégraphe électrique

Georges-Louis Le Sage a inventé le télégraphe électrique, constitué de 26 fils conducteurs, chacun correspondant à une lettre de l'alphabet.

1816 - Hélicoptère modèle réduit

Jakob Degen a présenté le premier hélicoptère en modèle réduit. Atteignant une hauteur de 160 m, son rotor était entraîné par un mouvement d'horlogerie.

1880 - Chaîne mécanique à rouleaux

Peu de cyclistes connaissent Hans Renold. Pourtant, ils sont redevables à cet inventeur, qui a révolutionné la technique de transmission.

1891 - Couteaux de poche

Karl Elsener fut l'un des premiers à livrer des couteaux de poche à l'armée suisse. Aujourd'hui, c'est son arrière-petit-fils, Carl Elsener jr., qui dirige Victorinox.

1905 - Feuilles d'aluminium

Quoi de plus pratique qu'un sandwich enveloppé d'alu ou de cellophane - des inventions, respectivement, d'Heinrich A. Gautschi et de Jacques E. Brandenberger.

1960 - Prothèse de la hanche

Le chirurgien Maurice E. Müller est l'un des concepteurs de cette prothèse, qui permet à leurs porteurs de se mouvoir en dépit d'un accident, d'une maladie ou d'un handicap.

2003 - Solar Impulse

Bertrand Piccard et André Borschberg ont lancé le projet Solar Impulse en vue de construire un avion capable de faire le tour du monde sans carburant.


Un authentique Géo Trouvetou

Voitures amphibies, bolides écologiques et minibus électriques : Frank M. Rinderknecht (58 ans) planche sur les voitures et les systèmes de transport de demain. Sa société Rinspeed, sise à Zurich, vole régulièrement la vedette aux cadors dans les salons automobiles.


Les voitures entièrement électriques devraient d'abord atteindre une part de marché de 0,2 %. D'ici 2020, la part de ces véhicules ainsi que des modèles hybrides pourrait grimper à 10 %, selon l'analyste d'UBS Rolf Ganter.