A lachat dune voiture, la conversation
porte rapidement sur la consommation du
moteur, tout au moins depuis la hausse
rapide du prix du pétrole en 2008. Dans
limmobilier, lefficacité énergétique préoccupe
beaucoup moins les investisseurs,
qui craignent que le surcoût (10% maximum)
dune construction énergétiquement
efficace ne puisse être amorti dans
un délai raisonnable.
En 2007, dans le domaine des immeubles
résidentiels en Suisse, à peine un logement
neuf sur dix a été construit aux normes
Minergie certifiées, un choix fait par des
investisseurs qui sont pour la plupart des
particuliers sensibles aux questions denvironnement.
Autre fait frappant: on trouve
de nombreuses maisons individuelles
parmi les bâtiments Minergie, lefficacité
énergétique de celles-ci étant moindre
que celle dun immeuble locatif.
Outre les considérations purement intellectuelles,
des arguments de poids militent
en faveur des critères Minergie: meilleur
climat intérieur, confort accru et diminution
de la dépendance du prix de lénergie.
Ces faits parlent aux propriétaires. Pour
les biens de rapport comme les immeubles
locatifs, la situation est tout autre. Les
bailleurs navaient cure jusquici des frais
annexes, quils pouvaient en général facturer
à leurs locataires.
Mauvais calculs fréquents chez les bailleurs
La méthode traditionnelle de calcul des
rendements se fondant sur les loyers nets,
le propriétaire ne voit pas demblée quels
bénéfices retirer dune construction aux
normes Minergie ni en quoi loptimisation
énergétique de son bien savérerait
rentable.
Plusieurs facteurs pourraient bien démontrer
prochainement aux propriétaires quils
font fausse route. Le rétablissement de
léconomie mondiale devrait provoquer la
hausse des prix de lénergie. Le cours du
baril de brent est attendu à 90 dollars dès 2010, obligeant à de nouvelles économies
dénergie, ne serait-ce que dun point de
vue financier.
De plus, leffet de levier du prix de lénergie
se durcira à lavenir, même pour les
immeubles locatifs. Disponible depuis août
2009, le Certificat énergétique cantonal
des bâtiments (www.geak.ch) a été élaboré
par les cantons. En phase de test sur
une base volontaire, il devrait, vu lexpérience
positive réalisée au sein de lUE,
devenir obligatoire dici 2 ans et rendre
plus transparent le marché du logement.
Ainsi, toujours plus de locataires recevront
un décompte des coûts totaux comportant
les charges (loyer brut). Ils naccepteront
plus des frais de chauffage ou de
climatisation
élevés, dus à une mauvaise
isolation, quà condition que les loyers
réguliers baissent dautant. Doù, pour les
bailleurs, un effet négatif sur leurs
rendements.
Prudence face aux réductions de prix
Les dernières études révèlent que le marché
suisse tient déjà compte du surcoût
des constructions énergétiquement efficaces.
On peut dès lors sattendre à voir
chuter les prix dobjets immobiliers mal
isolés, par exemple. Un sondage effectué
auprès dagents immobiliers en Allemagne
nous apprend que le prix de tels bâtiments
peut baisser jusquà 20%. Gageons
que ce prix anticipe une future hausse des
taxes liées à la protection de lenvironnement
ou lintroduction prochaine de normes
minimales légales.
Les nouveaux modèles de calcul du rendement
tiennent compte de tels risques de
dépréciation et limminence des amortissements
pourrait déclencher une vague de
rénovations. Les assainissements généraux
ou les constructions de remplacement
redeviendraient plus lucratifs. Aussi les
propriétaires immobiliers prévoyants ontils
tout intérêt à valoriser leurs immeubles
avant que la demande sur le marché de la
rénovation ne fasse exploser les prix.