Et, à linstar de ces millions
de déshérités, Joaquim Melo navait
quune envie, celle de partir pour
aider son prochain.
Dans sa jeunesse et alors que le Brésil vivait
sous le joug de la dictature militaire,
lEglise catholique était lune des rares
organisations à véritablement aider les
défavorisés. Cest pour cette raison quil
a rejoint ses rangs à Fortaleza, une ville
située au nord-est du Brésil et aussi
pourquoi, encore séminariste, il a commencé
à venir en aide aux plus démunis
qui fouillent les détritus pour survivre.
«Jai passé six mois aux côtés des ramasseurs
dordures. Je pense que cest
lexpérience la plus émouvante et la
plus mortifiante qui soit. Dans les décharges,
vous narrivez même plus à
faire la différence entre êtres humains,
animaux, vautours essentiellement, et
ordures», raconte J. Melo.
Cest là quil a réalisé quil ferait tout
pour aider les gens à prendre leur destin
en main.
«Cest lenfer. Il ny a que deux possibilités:
soit se résigner définitivement,
soit lutter de toutes ses forces. Jai
choisi la deuxième option et décidé
daider les autres à sen sortir», explique
Joaquim Melos.
Moins de six mois plus tard, il est parti
à Conjunto Palmeira, un bidonville situé
à la périphérie de Fortaleza, où la
plupart des 30 000 habitants vivaient
sans approvisionnement en eau potable,
électricité, toilettes ou canalisations.
Là, Joaquim Melo sest impliqué
de plus en plus dans des actions sociales.
Il a aidé à la mise en place par les
habitants dun système de ramassage
des ordures, dadduction deau et dun
réseau routier, ce qui a permis daméliorer
la vie de toute la communauté.
Au fil du temps, son travail social la
lentement éloigné des tâches purement
pastorales. Par contre, il a de plus
en plus pris conscience du rôle clé joué
par léconomie et la finance dans la
lutte contre la pauvreté, ce qui a
conduit à la fondation du Banco Palmas
(banque populaire) en 1997.
Lidée du Banco Palmas est celle dun
système économique basé sur la communauté.
Il propose des microcrédits
aux producteurs et consommateurs locaux
sous la forme dune carte de crédit
(Palmacard) et émet sa propre monnaie
sociale, le palmas. Cette monnaie,
dont le cours est aligné sur celui du réal
brésilien, est acceptée et reconnue par
les producteurs, commerçants et
consommateurs du voisinage. Elle facilite
la vente de marchandises au sein de
la communauté, favorise la croissance
économique et crée un sentiment de
solidarité parmi les habitants.
Avec Banco Palmas, lobjectif de Joaquim
Melo était de créer un circuit économique
durable et honnête à Conjunto
Palmeira. Il a réussi. Depuis 1997, le
nombre dentreprises implantées dans
la communauté a augmenté de 40%.
La banque a créé 300 emplois directs et
600 autres indirectement dans des entreprises
qui ont bénéficié de microcrédits.
Linitiative de Joaquim Melo au Brésil
nest pas unique. Plusieurs facteurs,
notamment la mondialisation, ont eu
un impact important sur les pays
pauvres
et leurs capacités à réduire le
dénuement. Selon les chiffres de la
Banque mondiale, «la croissance économique
des pays en voie de développement
est en moyenne de 4,8%
par an depuis 2000, plus du double du
taux de progression des économies des
pays riches qui est denviron 2% par
an.»
Et pourtant, en dépit de la récente envolée
de la croissance économique,
force est de constater lexistence du
fossé entre pauvres et riches dans beaucoup
de pays. Daprès lInstitut mondial
pour la recherche sur léconomie et le
développement, 1% de la population
mondiale détient 40% de la richesse
globale alors que presque la moitié (2,8
milliards dindividus) nen possède que
1,1% et vit dans la pauvreté. Doù le
caractère impératif de démarches novatrices,
telles que celle de Joaquim
Melo, pour résoudre les problèmes sociaux
du XXIe siècle.
Ashoka, réseau international dentrepreneurs
sociaux mondiaux de premier
plan, est une organisation à but non
lucratif
qui cherche et investit dans les
stratégies les plus novatrices. Ce sont
des hommes et des femmes qui,
comme Joaquim Melo, cherchent activement
à résoudre les problèmes sociaux
de la planète les plus urgents. Depuis
1981, Ashoka a désigné plus de
1800 entrepreneurs sociaux comme
membres de lassociation et leur a
fourni des fonds, un soutien professionnel
ainsi quun accès à un réseau
global de pairs dans plus de 60 pays.
«La subvention accordée par Ashoka
ma permis dentrer en contact avec un
grand nombre de personnes partageant
les mêmes idéaux et qui se battent
pour un monde meilleur et une
qualité de vie digne de ce nom. Les
fonds versés par Ashoka pour une durée
de trois ans me permettent de me
consacrer à plein temps à mes activités
sociales», déclare J. Melo.
En 2004, lassociation Ashoka a élu
Joaquim Melo qui a remporté en 2005
le premier prix Visionaris, destiné à récompenser
ceux qui en Argentine, au
Brésil et au Mexique ont élaboré un
projet novateur en mesure de relever
un défi social majeur.
Ce prix et bien dautres, associés à la
vague récente des contributions philanthropiques
effectuées par des cadres
dirigeants et des chefs dentreprise
du monde entier, sont des signes tangibles
de progrès et, surtout, despoir.