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Rapport 2004
 

Pressentir les risques
Pressentir les risques

Pressentir les risques

Qu’est-ce que vous choisiriez? Empocher une somme garantie de 3000 dollars ou jouer à un jeu où vous auriez 80% de chances d’en gagner 4000 et 20% de chances de ne rien encaisser? La plupart d’entre nous prendraient les 3000 sans hésiter. Prenons maintenant le même raisonnement mais à l’envers. Vous devez choisir entre perdre 3000 dollars ou jouer en ayant 20% de chances de ne rien perdre et 80% de chances de perdre 4000 dollars.

La plupart d’entre nous choisiraient la deuxième option. Malheureusement, selon la théorie classique de l’économie, notre comportement est irrationnel. Dans le premier scénario, nous choisissons instinctivement de ne pas jouer même si cette option nous apporte une somme d’argent moins importante – 3000 dollars au lieu de 3200. Dans le deuxième scénario, si nous étions parfaitement rationnels, nous choisirions de perdre tout de suite 3000. Au lieu de cela, la majorité d’entrenous choisirait de jouer pour probablement perdre davantage. En bref, notre comportement vis-à-vis du risque n’est pas toujours cohérent, nous répugnons à prendre des risques pour protéger nos gains, mais nous n’hésitons pas à nous exposer pour éponger une perte.

«Dieu merci, les théoriciens et analystes en économie ont dépassé le stade de la simple spéculation sur la façon dont l’être humain est amené à se comporter. Nous effectuons maintenant nos recherches de manière plus scientifique, à l’aide d’expériences ou d’enquêtes. Car finalement, en économie, on est amené à étudier les conséquences du comportement humain, et pour ça, on ne peut pas se limiter à des situations purement théoriques. Etant donné que nous ne pouvons pas expliquer chaque phénomène en nous référant à des théories traditionnelles, nous avons l’habitude de travailler avec des psychologues et prenons en compte leurs avis dans nos études», explique en souriant Renate Schubert, professeur d’économie et directrice de l’Institut de recherche économique de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich.

C’est d’ailleurs l’étude de la psychologie et de l’économie comme une seule et même matière qui a valu au psychologue Daniel Kahneman le prix Nobel de l’économie 2002. Son approche de la décision en univers incertain, connue sous le nom de Prospect Theory, développée dans les années 1970 avec Amos Tversky, utilise des moyens empiriques pour montrer que notre approche du risque est différente de celle de L’Homo Economicus, cet agent tout à fait rationnel inventé par la théorie économique traditionnelle. En matière de prises de décisions financières, cela n’est pas vraiment surprenant dans la mesure où chacun de nos choix est basé sur des émotions humaines, le besoin de sécurité ou d’approbation voire même son propre sentiment d’identité et d’indépendance.

Pressentir les risques

Les gens ont tendance à faire des choix en fonction de leur intuition, ils appliquent rarement les lois de la probabilité. «Dans le cas de la recherche appliquée aux décisions financières, c’est précisément le problème», affirme Renate Schubert, puisque «le vrai risque, c’est-à-dire l’ampleur et la probabilité d’une perte future potentielle, n’est généralement pas connu. Toutefois, les essais pratiqués en laboratoire peuvent être effectués de façon à ce que la personne effectuant le test connaisse les paramètres.»

Ces expériences montrent que les risques sont perçus de manière différente: «On a tendance à surestimer de faibles probabilités de gains ou de pertes tandis qu’on sous-estime les fortes probabilités.» De la même manière, on perçoit les gains et les pertes différemment: «On a l’impression de perdre toujours plus qu’on ne perd réellement et de gagner moins que ce que l’on gagne vraiment.»

L’optimisme aveugle ou la «surconfiance», comme disent ceux qui étudient ces phénomènes, est un des traits observés chez ceux qui prennent des décisions à risque.

«Cela signifie que les gens ont tendance à surestimer leurs connaissances ou capacités dans certains domaines, c’est-à-dire à surévaluer leurs chances de gains. Ainsi, les décisions sont prises en vitesse pour être tout aussi rapidement corrigées, tout comme l’investisseur surconfiant qui va remanier son portefeuille avec d’autres titres en dépit du fait qu’il doit supporter des coûts de transaction qui vont diminuer son revenu net. Cette surconfiance est donc une source de l’activité des marchés financiers et sans elle, les mouvements de marché seraient de moindre amplitude.»

Les modes de comportement varient selon les individus et divergent d’un groupe à un autre. C’est le cas, par exemple, entre les hommes et les femmes.

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«Selon différentes études, les femmes se montrent moins surconfiantes que les hommes», déclare Renate Schubert. «Dans une étude, nous nous sommes également rendus compte que les femmes avaient tendance à percevoir quelque chose comme étant particulièrement risqué, lorsque elles ont l’impression de manquer d’informations. Plus elles disposent de renseignements sur la performance future de placements, sur la réalisation de gains ou de pertes, et plus elles sont disposées à prendre des risques. Chez les hommes, l’information joue un rôle différent: au départ, ils sont plus enclins que les femmes à prendre un pari, mais au fur et à mesure qu’ils deviennent mieux informés, ils ont tendance à devenir plus prudents.»

Comprendre ce qui agit sur le comportement des investisseurs et savoir quels en sont les effets sur l’offre et la demande des marchés est tout aussi utile au secteur des services financiers que l’analyse des fondamentaux économiques.

«Par exemple, dans le cadre du processus de conseil, une banque doit se demander: quelle est la personne assise en face de moi? Ce n’est qu’ainsi qu’un conseiller peut donner à son client le sentiment de sécurité qui lui est le mieux adapté, la sensation de voir qu’on s’occupe vraiment bien de lui», explique Renate Schubert.

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«Un point important concerne le résultat du processus de conseil, qui lui aussi doit être juste et correspondre aux objectifs économiques du client. Ceux-ci reposent sur des circonstances particulières dans lesquelles se trouve le client, lesquelles vont à leur tour influencer le niveau de sécurité ou de risque supposé pour un certain placement.»

La capacité à considérer l’ensemble des actifs ou du portefeuille d’un client est un autre facteur important contribuant au succès durable d’une décision d’investissement. Dans une interview accordée au magazine américain Forbes, Kahneman indique que les gens ont tendance à raisonner en termes de gains et de pertes. Plus nous faisons cela et plus nos actes deviennent des actes irrationnels à court terme. En revanche, le fait d’examiner l’ensemble d’un portefeuille comme référence nous aide à axer nos décisions sur le moyen et long terme.

Cette approche peut être appliquée à des aspects de politique économique, tels que la façon d’organiser des plans de retraite privés. Selon Renate Schubert, «les femmes disposent de revenus inférieurs aux hommes et sont moins fortunées, alors qu’elles ont tendance à vivre plus longtemps. Avec le vieillissement de la population, cela pourrait poser un problème du fait que les femmes ne sont généralement pas disposées à prendre de gros risques et optent plutôt pour des portefeuilles d’actifs à plus faible rendement. La question se pose donc de savoir comment il serait possible d’encourager les femmes à investir leur épargne afin qu’elle génère des revenus plus élevés.»

Le fait que des investisseurs institutionnels et entreprises agissent souvent dans l’incertitude, à l’instar des particuliers, au moment de prendre leurs décisions, n’étonne pas Renate Schubert: «Finalement, dans ces cas, les décisions sont prises par des êtres humains.» L’évaluation de risques et la prise de décisions financières font partie des activités quotidiennes d’une banque. Pour Renate Schubert, le plus important, c’est d’avoir une bonne philosophie du risque. «Il est primordial de considérer le phénomène de risque dans son entier, à tous les niveaux et de le traiter ouvertement.» En d’autres termes, la transparence, aussi bien en interne qu’en externe est le maître mot. On trouve souvent dans la presse scientifique l’expression «cadre artificiel du risque», donc quelque chose qui reste à modeler, identifier, quantifier et pas seulement à prendre. Cela laisse place, bien sûr, à l’estimation subjective, d’où l’importance d’une transparence des hypothèses de base et des décisions sur lesquelles celles-ci sont fondées.

En outre, les décisions prises et les effets produits doivent être analysés rétrospectivement. Cela permet aux sociétés de prendre les bonnes mesures pour l’avenir et d’organiser leurs processus plus rationnellement. «Pour gérer adéquatement des conflits d’intérêts potentiels, il est important de se doter de règles de jeu claires et d’un code bien défini servant de cadre à toutes les parties prenantes», conclut Renate Schubert.

Cerner le risque - une compétence clé

Pour un investisseur privé savoir cerner son profil de risque est crucial à sa stratégie de placement. En tant que conseiller financier, notre rôle consiste à comprendre votre situation personnelle et vos objectifs spécifiques et de mettre en place la solution financière appropriée qui répondra à vos besoins.

Par ailleurs, la prise de risque fait partie intégrante des activités d’une banque. La gestion du risque (risque de crédit, de marché et risque opérationnel) est donc une condition préalable à l’obtention de rendements attrayants pour les actionnaires. L’identification et le contrôle du risque sont des composants clés des processus et plans mis en place par notre équipe dirigeante afin de parvenir à un juste équilibre entre le risque et le rendement, soit l’objectif majeur à atteindre. La responsabilité incombe aux organes suprêmes, à commencer par le Conseil d’administration qui définit la politique de risque de l’entreprise et détermine notre capacité de risque, c’est-à-dire le niveau que nous sommes en mesure de supporter en fonction de notre capacité bénéficiaire.

Le Directoire du Groupe – notamment le Group Chief Risk Officer qui est responsable du contrôle des risques de crédit, de marché et des risques opérationnels – est quant à lui chargé d’exécuter la stratégie de risque définie et assume la responsabilité de la prise et de la gestion de risques. Cette structure de contrôle indépendante permet une gestion objective des activités liées à la prise de risque, ainsi qu’un équilibre entre les profits à court terme et les intérêts à long terme d’UBS.

Question to the Group Chief Executive Officer

What are the main risks, or challenges that UBS might face in the future?

Peter Wuffli about main risks or challenges

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