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Le bureau et l’ordinateur de Jules Pipe, relégués au fond de son bureau
art déco, évoquent la discrétion et pourtant c’est là que sont gérées
les affaires de Hackney, un important arrondissement de Londres
connu pour être difficile.
Compter au nombre des seuls onze
maires directement élus au
Royaume-Uni peut sembler a priori
être une situation de tout repos,
mais lorsque Jules Pipe est désigné
conseiller municipal de Hackney en
2001, l’endroit est en complète déliquescence
après cinq ans de laisser-
aller politique. Le gouvernement
national a été contraint d’intervenir
là où les autorités politiques et administratives
ont échoué, laissant la
circonscription au bord de la faillite.
Après la victoire de Jules Pipe
aux élections municipales de 2002
et les quatre années d’équilibre
budgétaire qui ont suivi, le calme est revenu, les ordures ne jonchent plus
les rues et l’arrondissement possède
aujourd’hui les moyens de financer
un éclairage nocturne.
Quand on pense que Hackney se
trouve aux portes de la City, à quelques
encablures de la deuxième
place financière du monde, il y a
là de quoi sourire. Toutefois, c’est
une arme à double tranchant. Dans
l’environnement politique du
Royaume-Uni, où l’on attend des
entreprises qu’elles contribuent à la
vie de la communauté, ces dernières
mettent de plus en plus de fonds et
de bénévoles à la disposition de
Hackney ou de l’un de ses voisins de
l’East London. Alors, une question
se pose: leur action est-elle véritablement utile?
«Certaines entreprises pratiquent
cette politique de longue date et leur
relation avec les autorités locales
est empreinte de maturité. Jules Pipe
déclare qu’ils ont avec elles un
grand nombre de projets en passe de
déboucher sur des résultats tangibles
plutôt que sur des actions uniques
portant principalement sur des
activités de team building.
Il fait une pause pour se servir un
café sur une petite table en bois qui
jouxte son bureau. Derrière, une fenêtre
donne sur le théâtre Hackney
Empire, récemment restauré. La
veille, ce dernier a accueilli une
pléiade de vedettes de la chanson
dans le cadre d’une émission de télévision,
parmi lesquelles Robbie
Williams, qui a chanté en exclusivité son dernier single «Misunderstood».
«Je considère le phénomène actuel
du mentorat dans les écoles comme
particulièrement important. Nous
avons un programme bien rôdé pour les étudiants et un autre en
préparation pour les adultes. Possédant
les compétences professionnelles
appropriées, des employés d’entreprises
viennent régulièrement
visiter les écoles. Ils travaillent en
collaboration avec les écoles et leur
apprennent le b.a.-ba du métier
dans des domaines tels que la comptabilité
et l’approvisionnement» précise-t-il.
Ces relations, dès lors qu’elles sont
maintenues, contribuent à instaurer
un climat de confiance entre l’Etat
et les entreprises. Elles peuvent également
jeter les fondements d’autres
initiatives plus ambitieuses, telles
que le programme «City Academy» destiné à fournir grâce
l’aide de donateurs extérieurs une
formation secondaire aux jeunes
des zones urbaines défavorisées.
UBS est le partenaire de l’un de ces
programmes, le «Bridge Academy
à Hackney qui, lorsqu’il débutera, formera 1100 étudiants.
«Il s’agissait d’intensifier
les efforts en faveur d’une
initiative totalement nouvelle,
à la fois durable et concrète,
l’école dont UBS fera partie. Ces
programmes déjà mis en place ont
reçu un très bon accueil de la part
de toutes les parties prenantes à la
formation. Je pense aussi que ce
programme sera aussi populaire
que celui de l’école de North Hackney,
le Mossbourne Community
Academy. Lors de la journée portes ouvertes, on a compté environ 3000
parents. L’école ne prend que 180
élèves par an», ajoute-t-il.
UBS n’aura pas son mot à dire sur
le programme scolaire et se limitera
à offrir l’assistance qu’elle juge nécessaire,
dans la mesure de ses moyens. Toutefois,
UBS est une entreprise. Et
toute entreprise souhaite,
à un moment ou un autre,
obtenir un retour sur investissement.
La question se pose tout naturellement
de la nature de la contrepartie
qu’elle est en droit d’attendre
de son engagement en faveur de Hackney.
«La mesurer est chose ardue. Prenez
le mentoring. Si le seul résultat
est une amélioration de la confiance
de ceux qui en bénéficient, comment
l’apprécier en valeur absolue?
Le projet financé, quel
qu’il soit – une école ou
un projet spécial – peut
avoir porté ses fruits, indépendamment
du programme de mentoring.
Comme il peut tout aussi
bien ne pas avoir atteint son but.
De bien des façons, les entreprises
apportent une plus-value, débloquent
une situation, insufflent un nouvel élan.»
Cela veut-il dire pour autant que les
entreprises devraient reprendre le
rôle traditionnellement joué par les
gouvernements nationaux?
«Elles répondent sans hésitation à
un besoin. Si l’action du secteur public
était toujours efficace, ces initiatives
n’auraient pas lieu d’être. Or
elle ne suffit pas. Nous avons des
agences pour l’emploi, ainsi que des
programmes de formation. Cela
n’empêche pas certaines
personnes de passer entre
les mailles du filet. Les
programmes financés par
le secteur privé entendent
précisément atteindre ces
gens afin de les réintégrer
dans la société et de leur
décrocher un emploi. Hier soir, plusieurs
personnes m’ont dit avoir été
embauchées dans le secteur secondaire.
La durée de leur inactivité
avait été en moyenne de 18 mois.
Ces programmes ont le mérite de
s’adresser à des personnes pour lesquelles
le secteur public n’a pu obtenir
un emploi rémunéré. Prennent-
ils le relais du gouvernement?
Non. Ils n’entrent en jeu que
lorsque les autres solutions ont
échoué», explique Jules Pipe.
Toutefois, Hackney reste confronté
à un certain nombre de problèmes
à long terme, difficiles à éradiquer,
comme le paupérisme ambiant dans
certains quartiers, les prix excessifs
des logements, dans d’autres, le
crime organisé et les transports publics
insuffisants. Quoi qu’il en soit,
les progrès de ces quatre dernières
années ont été notables et Jules Pipe
a confiance dans la capacité de son
arrondissement de poursuivre son
effort avec encore plus d’efficacité, en particulier dans la formation et
l’emploi.
«Notre arrondissement est extrêmement
pauvre, mais nous avons la
chance de nous trouver à deux pas
du quartier le plus riche du pays et
nous apprécions la possibilité de
puiser dans la richesse de notre
voisin, même si cela ne se limite
évidemment pas à cela. Il s’agit de
programmes pour l’emploi, en particulier
d’emplois utiles à la City …
et tous les habitants de Hackney ne
peuvent pas prétendre au poste de
courtiers en obligations ou de banquiers.
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